Ce n'est pas tous les jours qu'on a la chance de voir et écouter Barenboïm en jouant Liszt. Il s'agit d'un hommage personnel du pianiste et chef d'orchestre à l'Italie, et en particulier à La Scala de Milan, pour l'avoir accueilli en mai 2006 en tant que chef invité principal du théâtre, en succédant Toscanini et Karajan. C'est un concert enregistré à la Scala le 27 mai 2007. Il s'agit d'un bel enregistrement au niveau de la prise de son. La prise d'image est excellente aussi : on arrive à apprécier la grande technique de ce géant de pianiste.
Ce qui dérange un peu c'est qu'il s'agit d'un programme où on a du mal à suivre le fil conducteur proposé para Barenboïm. Car si bien l'Italie est l'objet principal du concert, il s'agit d'une succession de pièces pour piano de Liszt et on se trouve un peu perdu quant au choix que Barenboïm a fait. Le programme a une durée de 86 minutes au total, et donc on se demande pourquoi il n'a pas choisi plutôt de jouer l'intégrale de la deuxième Année de Pèlerinage (l'Italie) au lieu de choisir quelques pièces et les mélanger à d'autres. En plus, il y a la question de la sale choisie qui ne semble pas être très adaptée à ce genre de musique. Ensuite, pendant les 15 premières minutes le concert manque un peu de dynamisme et il s'agit plutôt d'un concert contemplatif, où on arrive presque à s'ennuyer. C'est jusqu'au no.6 de la deuxième Année de Pèlerinage qu'on se réveille plus ou moins mais on arrive aussitôt à s'endormir. Aux minutes 26 et 28 on arrive encore à se réveiller un peu avec le no.1 de Légendes, où Barenboïm imprime enfin un peu de force. Mais en fait on doit attendre jusqu'à la minute 33 où il reprend la deuxième des Années de Pèlerinage, avec le mouvement numéro 7 : là Barenboïm propose quelque chose de vraiment intéressant, en jouant avec les tempos et les nuances, sans laisser de côté la technique. Là il démontre vraiment qu'il continue à être un pianiste exceptionnel et qu'il n'a rien perdu de sa technique mais qu'au contraire il a gagné en profondeur. Je suis sûr que quelques uns diront que ce mouvement tout seul suffit pour soutenir le dvd, car on voit un Barenboïm absolument brillant, avec une capacité interprétative à tomber par terre, et où il démontre comment il a su murir au fil des années. Il termine ce mouvement tout en sueur et reçoit une ovation de la part du publique. En regardant ceci on se demande pourquoi il ne s'attaque pas à une intégrale Liszt.
Je trouve que ce concert n'est pas représentatif de l'œuvre pour piano seul de Liszt ni de Daniel Barenboïm en tant que pianiste. En fait il s'attaque à un compositeur reconnu pour sa virtuosité mais sans vouloir jouer avec de la virtuosité, hormis pour un mouvement. Ce concert commence un peu lent et sans brille mais finit d'une façon vraiment exceptionnelle. S'il faut choisir, je recommanderais plus ce dvd aux fans et fidèles de Barenboïm plutôt qu'aux fans de l'œuvre de Liszt.