Mos Def est un afrocentriste et cet album au son rock, ses fans les plus perspicaces avaient du le voir venir...
Déjà, dans Lyricist Lounge Vol. 1, son titre ne se nommait-il pas "Body Rock" ? Après quoi, il y a eu "Rock N Roll" sur son premier album et un "Feak Daddy" à base de guitare à distorsion sur le Lyricist vol. 2... Lui-même le disait : "I am Hip Hop, I am Rock N Roll" sur le même "Rock N Roll".
Mos Def est un MC, certes mais c'est avant tout un artiste avec une vision personelle de son art, possédant une ligne directrice et s'y tenant.
Son précédent opus était une sorte de synthèse de la Musique Noire dans ce qu'elle avait de plus beau et de plus fort ; une fusion du Jazz, de la Soul et du Hip Hop. Désormais, il y a rajouté ses dernières touches : le Rock et le Blues. Il a même son propre groupe, Black Jack Johnson.
Il n'est toujours pas question ici de Hip Hop, et moins encore que dans "Black...", mais de Black Music ; c'est presque un manifeste, un mouvement de défense. Et dans ce domaine, Mos Def n'a rien à prouver.
Son flow est toujours aussi fort, voire même plus crue qu'auparavant, à croire qu'il voudrait se distancer du positivisme jazzy-soul de ses prédecesseurs pour mieux avancer. A ce titre, le meilleur exemple de ce que peut faire Mos Def est "Zimzallabim" : jazz à base de guitares à disto sur flow impeccable.
Aussi cette poésie planante sur d'anciennes chansons telle que "Climb" ou "Umi Says", ou même "Love" n'est plus.
Cependant, il chante toujours, comme sur "The Boogie Man Song" où il joue d'ailleurs du piano ou "The Panties".
Ses références au passé sont toujours présentes : "Don't Push me cause I'm close to the edge..." de Grand Master Flash sur... devinez laquelle. Il y a même un hommage à Marvin Gaye avec "Modern Marvel"
Mos reste afrocentriste, engagé et conscient ; et il a évolué c'est indéniable, plus dure, plus crue, moins poétique. Il ne s'agit plus ici de dire aimez-vous mais de prendre les devants.
Ainsi, cet album est celui d'une certaine maturité. Presque. Mos possède déjà les couleurs pour parachever son oeuvre, il a aussi le coeur et une technique, il ne lui manque que l'instant magique : cet opus est bon, très bon, certainement un des meilleurs skeuds de 2004, voire peut-être, qui sait, un futur classique. Mais ce n'est pas encore l'Album. Bientôt qui sait...