Il aurait pu devenir avocat, médecin ou gouverneur. Certains le voyaient même un jour Président des Etats-Unis! Ted Bundy restera pourtant dans l'Histoire comme le pire serial killer de tous les temps. Ce livre écrit par deux journalistes retrace sur 350 pages à la typographie serrée la vie et les crimes de ce monstre à visage humain qui, faut-il le rappeler, inspira partiellement à Thomas Harris le personnage d'Hannibal Lecter.
Né en 1946 à Burlington, dans le Vermont, Ted connaît une enfance, puis une adolescence apparemment normales. Seule ombre au tableau, l'absence de son père. Au début des années 70, il fréquente l'université de Seattle, mais sous ses dehors policés et son physique avenant, le jeune homme commence bientôt à déraper. Il se met à voler dans les magasins, s'adonne au voyeurisme. Ce qui ne l'empêche pas d'être un étudiant brillant, de se faire un nom dans le parti républicain local qu'il s'est mis à fréquenter et même de tenir la permanence nocturne d'une ligne SOS suicides.
Mais au fond de lui, Ted sent bien que quelque chose ne tourne pas rond. Il souffre de "bipolar mood disorder", passe parfois des journées entières allongé sur son lit, à se masturber frénétiquement. Parallèlement, des goûts morbides se développent en lui. Il se passionne pour les faits divers criminels, est sujet à des bouffées de violence. Il craque finalement dans la nuit du 4 janvier 1974. Après s'être introduit dans l'appartement d'une jeune femme, il l'agresse avec une sauvagerie inouïe. Quelques jours plus tard, il kidnappe à son domicile une autre étudiante qu'on ne reverra jamais vivante.
C'est le début d'une croisade meurtrière dont l'horreur n'ira que s'amplifiant. Après son premier meurtre, Ted, enhardi, récidive, abordant ses victimes en plein jour, dans des lieux publics. Se présentant à elles un bras dans le plâtre, il sollicite leur aide, les isole, puis les neutralise, avant de les emmener, au volant de sa fameuse Coccinelle jaune, très loin dans la forêt. Les outrages qu'il leur fait alors subir dépassent l'entendement. Nécrophilie. Cannibalisme. Décapitation.
Les mois passant, la liste des malheureuses s'allonge et la police reste impuissante. Ted, lui, ne cesse de gagner en assurance. Il perfectionne sa technique et va, au cours de l'été 1974, jusqu'à kidnapper deux femmes d'un coup, sur une plage noire de monde, sans que personne ne s'aperçoive de rien. Peu après ce "coup d'éclat", cependant, suite à un vulgaire contrôle routier dans l'Utah, il est arrêté et confondu. Condamné à quinze ans de prison, il s'évade de manière spectaculaire. Repris six jours plus tard, il s'évade à nouveau et gagne cette fois la Floride où il se remet à tuer avec une sauvagerie invraisemblable. Mais le 16 février 1978 scelle son destin. A neuf heures du soir, une patrouille de police remarque une Coccinelle au comportement erratique dans les rues de Pensacola et l'intercepte. C'est la fin de la cavale pour l'homme le plus recherché des Etats-Unis.
Les dix années suivantes ne seront qu'une longue suite de procès. Ted, qui assure sa propre défense, s'attire une publicité considérable dans les médias, mais s'aliène finalement les jurés qui le condamnent à la chaise électrique. Sentence exécutée le 24 janvier 1989. Depuis lors, la macabre notoriété de celui pour qui le FBI inventa l'expression "serial killer" n'a cessé de grandir, inspirant livres et films. Comme le remarquent les auteurs de cet ouvrage, "Had Bundy fit the public's stereotype of the mass murderer, the identifiable lunatic, these tragedies might not have provoked the terror that they did. But Ted was "one of us". He shattered the comfortable preconceptions about who is capable of such monstrosities."
Puissamment documenté, foncièrement honnête, habilement narré, "The only living witness" est un ouvrage terrifiant à la fois par son sujet et par son traitement. En effet, vous trouverez ici retranscrits mot à mot les entretiens dans lesquels Ted raconte avec force détails ses crimes les plus épouvantables. Inutile de dire que ces pages m'ont glacée d'effroi et font paraître bien fades les thrillers les plus noirs!