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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Comment démonter les impostures modernes,
Par M. T (France) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : The Open Society And Its Enemies, Volume Two : Hegel And Marx (Broché)
Après le tome consacrée aux perversions platoniciennes de Socrate et de la "grande génération" athénienne, Karl Popper s'attaque à présent aux apôtres modernes de l'historicisme, Hegel et Marx, et aux ravages qu'ils ont opérés dans la pensée européenne moderne.Le premier est balayé aisément car, comme le soulignait déjà Schopenhauer, il est incohérent et masque sa vacuité par des grands mots, des grandes phrases, et des grandes visions. Mais du point de vue de l'argumentation, rien. Du vent. Il a cependant bénéficié de deux choses, selon Popper, qui ont assis son aura auXIXe siècle. La première est l'obscurité de ses écrits, qui est passée pour de la profondeur. Cette tendance, déjà dénoncée par Kant à propos de Fichte, est à la base de l'imposture: elle a fait passer son affirmation de sa grille de lecture historiciste pour la révélation du véritable sens de l'Histoire. Deuxième élément essentiel, sa vision essentiellement réactionnaire lui a valu l'appui de la cour de Prusse et le titre de philosophe quasi-officiel. En conséquence, l'enseignement de l'approche hégélienne, avec sa prétention à pouvoir tout expliquer, s'est répandu très rapidement dans les systèmes scolaires et universitaires allemands. Cette adoption officielle rapide et l'obscurité de son propos lui ont permis de bénéficier de l'appui de la masse qui, comme le souligne encore Schopenhauer, est trop paresseuse pour réfléchir par elle-même mais tient à avoir une opinion. L'hégélianisme en fournit une. Si, d'un point de vue philosophique, Hegel n'est pas un adversaire de poids, il en est autrement de Marx. C'est un penseur sérieux, illustré par la masse de travail qu'a représenté la rédaction du Capital. En outre, contrairement à Hegel, il ne cherche pas un outil intellectuel pour maintenir l'ordre établi (et ses injustices flagrantes) mais au contraire, horrifié par la misère des ouvriers de son époque, il voudrait trouver un voie pour que tous les hommes puissent réaliser leurs aspirations. Noble idéal. L'oeuvre de Marx se diviserait selon Karl Popper en deux parties inégalement solides. La première est constituée d'une part d'observations sociologiques très pointues sur la société industrielle de la moitié du XIXe siècle et d'autre part d'une poursuite des travaux des économistes "classiques" (Smith, Ricardo, etc.) sur le commerce, la création de valeur et les mécanisme de l'économie que l'on appelera après lui "capitaliste". Cette partie de théorie économique a des aspects très intéressants, notamment sur le mécanisme de la création de valeur. Elle a aussi ses limites, comme son hypothèse de rendements d'échelle toujours croissants qui, de ce fait, le conduit à envisager une concentration toujours plus grande du capital. Donc une reduction continue du nombre de capitalistes et un déséquilibre toujours plus grand entre ces derniers et la masse des "prolétaires". C'est la que commence la seconde partie de l'oeuvre marxienne, marquée par la systématisation de sa théorie économique incomplète et l'influence de l'historicisme hégélien. En effet, dans sa volonté de fonder un socialisme "scientifique", Marx est parti à la recherche des lois immuables, socio-économiques, qui gouvernent l'Histoire. Il pense les avoir trouvées, et elles ne sauraient que mener à l'avènement du socialisme après l'écroulement du capitalisme sur lui-même, aussi mécaniquement que le féodalisme a laissé la place au capitalisme. A ce moment, Marx quitte la philosophie rationnelle pour entrer de plain-pied dans le prophétisme. Sa vision prophétique de l'Histoire est vivement contestée par Karl Popper, qui conteste encore plus vivement le marxisme après Marx. Ce dernier s'est à la fois rigidifié et adapté à la non-réalisation de la prophétie. Comme pour le christianisme des origines, très eschatologique, il a dû trouver des explications à la non-survenance de la fin du monde. Dans le cas du marxisme, cela a été, par exemple, l'apparition de "l'impérialisme, stade suprême du capitalisme" (Lénine). Et puis ensuite, d'autres excuses encore. Pour Popper, toutes ces théories globales sont inadéquates. Pire, elles sont dangereuse. Il n'existe pas de système, pas de déterminisme historique, sociologique ou autre. L'avenir est ouvert, et c'est à nous de chercher à le façonner en corrigeant les imperfections du présent, pas en cherchant à tout bouleverser pour bâtir des utopies, quelque "scientifiques" qu'elles se présentent. C'est ce qu'il appelle "l'ingénierie sociale par petits bouts" ("piecemeal social engineering"). C'est beaucoup moins glamour que les histoires de "grand soir" et "lendemains qui chantent", mais force est de constater que cela permet d'éviter de bien grands maux. Car les régimes totalitaires n'ont cessé de proclamer qu'ils travaillaient à des fins sublimes qui, bien entendu, justifiaient les moyens. Voici en tout cas le bagage intellectuel nécessaire pour renvoyer dans les cordes tous les pseudo-révolutionnaires marxisants qui polluent le débat politique dans nos démocraties à grand renfort de mauvaise foi et d'approximations. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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