En 1964, trois amis, George Roger Waters (guitare), Richard Wright (claviers) et Nick Mason (batterie), tous étudiants au Regent Street School Of Polytechnics, formèrent un groupe appelé Sigma 6. Ce groupe fut un flop total et ses différents successeurs (The Abdads, Screaming Abdads ou même Architectural Abdads... !) rencontrèrent le même destin jusqu'au jour où George abandonna son nom (au profit de Roger) au même titre que sa guitare pour devenir bassiste. Il décida donc de recruter deux guitaristes : Bob Close et un certain Roger Syd Barrett. Close quitta le groupe avant même que celui-ci ne devienne Pink Floyd, en référence aux grands bluesmen Pink Anderson et Floyd Council et c'est sous ce nom que les désormais quatre musiciens enregistrèrent le célèbre « Arnold Layne », narrant les aventures déjantées d'un travesti volant les vêtements de femme sur les fils à linge ! Ce titre réapparaîtra plus tard dans "Relics" et, malgré son succès, ne figurera pas sur le premier album.
L'enregistrement de "The Piper At The Gates Of Dawn" en 1967, eu lieu dans les mêmes studios où les Beatles enregistraient "Sgt Pepper". On était alors en pleine vague psychédélique mais le « Piper » allait alors très vite reléguer le « Sergent Poivre » au rang de simple comptine pour enfant trop sage ! Syd Barrett, véritable ange maudit, vole presque naturellement la direction du groupe à Roger Waters pour guider ses camarades dans une excursion musicale et sonore sans précédent. Construit comme une suite de petites histoires plus hallucinées les unes que les autres, "The Piper At The Gates Of Dawn" navigue dans un univers à la fois coloré, bigarré et chatoyant, mais tourmenté et fiévreux comme un rêve sous acide. On y rencontre, ça et là, des extra-terrestres explorateurs (« Astronomy Domine ») au cours d'un voyage interstellaire (« Interstellar Overdrive ») mais aussi un chat à la Lewis Caroll (« Lucifer Sam »), un curieux gnome à la Tolkien (« The Gnome »), un épouvantail à moineaux plus dépressif que véritablement effrayant (« Scarecrow ») le tout au cours d'une balade à bicyclette (« Bike ») prétexte à une chanson d'amour aussi inquiétante que faussement naïve.
Seul « Take Up Thy Stethoscope And Walk » (unique morceau du disque signé par Waters) dénote par sa banalité dans cet univers génial et visionnaire. Barrett ne supportera pas la pression qui suivit le succès fulgurant de ce disque et l'acide qui lui inspira cette collection de pépites le mènera doucement à la schizophrénie. Ecarté progressivement du groupe, il vit aujourd'hui reclus dans la région de Cambridge où certains lui vouent toujours un véritable culte. Waters pourra enfin reprendre son rôle de leader avant de devenir le despote que l'on sait...Pour beaucoup, Pink Floyd ne se releva pas de cette défection et sombra dans le « planant » à bas prix, facile voire même médiocre. C'est exagéré mais force est de constater que la destinée du groupe aurait certainement été toute autre sans l'impulsion créative de Barrett. "Piper At The Gates Of Dawn", déjà révolutionnaire dans sa production à l'époque, est un album culte, incomparable, génial et incontournable.