James K. Galbraith est professeur d'économie à l'Université de Texas à Austin, chroniqueur économiste, qui a publié un livre dont le titre vaut la démonstration "Created Unequal : The Crisis in American Pay" (1999). James K. Galbraith est le fils du célèbre économiste keynesien John Kenneth Galbraith dont j'ai commenté le remarquable ouvrage "
L'Argent".
Galbraith fils dénonce avec brio les moteurs libéraux à l'oeuvre dans la société américaine des années 1970, que pilotera Ronald Reagan : la réduction des impôts, la fin de l'inflation, la libération du marché. Le lecteur non encore abruti par la radio, la télé, sans être avisé spécialement, notera que ces trois moteurs s'expriment dans le TCE (refusé démocratiquement et pourtant imposé), de la BCE (stabilité des prix).
Les idéologues avaient pour nom, notamment, Milton Friedman, père du monétarisme (1968, NAIRU), qui très vite se prouvera être une théorie fausse, aussi rapidement abandonnée dans la pratique (sauf par les sectes libérales qui psalmodient encore les mantras) et Hayek. N'oublions pas que le monétarisme martelait l'idée qu'un taux bas de chômage favorisait l'inflation, par la création de tensions salariales sur le marché ! Lutter contre le plein emploi a donc été une oeuvre de politique économique jugée saine, raisonnable par les conservateurs, les réactionnaires, qui sont devenus les ploutocrates.
Galbraith réveille le lecteur matraqué par l'idéologie en oeuvre depuis les années 1980, qui est encore forte aux Etats-Unis et copiée en Europe. Le leitmotiv qui a conféré la puissance à cette idéologie est le terme "liberté". Liberté des marchés, liberté économique, liberté d'échange. Dès lors la liberté de marchander a remplacé celle du travail ; le consommateur a remplacé le travailleur et le citoyen.
Pourquoi le droit de propriété a supplanté le droit au travail est une énigme, s'écrit l'auteur.
Passant en revue de nombreux secteurs, dont celui de la santé, lequel, étant passé largement au secteur privé, coûte 2% de PNB supplémentaire que s'il était resté intégralement géré dans le secteur public, l'auteur dénonce la calamité de ces gens qui recherchent l'enrichissement en se servant de l'Etat pour leurs propres fins.
Le modèle inégalitaire des salaires (le low-cost salarial, l'offshoring) est le vecteur principal de l'atonie économique des Etats-Unis (en contre-exemple du modèle scandinave). Des salaires rehaussés (renouer avec le modèle social américain créé par le New Deal), une régulation économique sont des concepts économiques défendus, sans anachronisme, heureusement. Mieux encore, l'auteur assure la promotion de la planification économique, nécessaire non seulement pour redresser l'économie, mais plus encore, pour répondre aux nouveaux défis de la société américaine : nouvelles technologies, le climat, la pollution.
Cet ouvrage a manifestement suscité un grand intérêt outre-atlantique. Son sérieux, dans une tonalité académique, contribuera à alimenter la réflexion économique en Europe. J'aurais souhaité plus des démonstrations plus chiffrées ; ce que l'auteur s'est refusé, ayant positionné son ouvrage sur le terrain de la vulgarisation. Mission réussie.