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Six ans après la sortie du fracassant manifeste que représentait l'inégalé
Endtroducing, Josh Davis, Californien plus connu sous le nom de DJ Shadow, et génie du collage musical, remet ça avec
The Private Press. Entre-temps, l'homme a participé à quelques disques, l'un, décevant (
Psyence Fiction) en compagnie de U.N.K.L.E., d'autres, cultes, comme
Brainfreeze avec Cut Chemist ou l'album de Latyrx paru en 1997 (qui demeure un des sommets du hip-hop), ainsi qu'à de nombreux projets du duo Blackalicious dont sort, parallèlement au présent opus,
Blazing Arrow. Là où beaucoup se seraient volontiers contentés de réutiliser les mêmes recettes, DJ Shadow a pensé une approche différente de fond en comble, tant émotionnellement que musicalement. Le résultat, moins porté sur le funk, s'avère paradoxalement plus influencé par la new wave ; toutefois, la technique mise en jeu, cette science sans faille de la mise en boucles, reste la même et fait que l'on reconnaît immédiatement sa "patte". Mine de rien, sans aucune esbrouffe, Shadow s'impose, à l'instar d'Afrika Bambaataa bien avant lui, comme un des maîtres du cut-up et de l'échantillonnage.
Endtroducing avait marqué la dernière décennie de la fin du XXe siècle. Bien que très attendu,
The Private Press ouvre discrètement, mais durablement car en profondeur, la première du XXIe : on n'en finira pas de (re)parler de ce disque, très probablement comme d'une influence récurrente.
--Hervé Comte
Critique
Dure mission que de succéder au classique insubmersible du hip-hop instrumental
Endtroducing,
dont
la frange la plus expérimentale se retrouvait soudainement en pleine lumière récoltant une audience internationale inespérée. La complexité des structures, la science de la composition, la diversité des samples placent
Endtroducing parmi les meilleurs albums des années 90, toutes musiques confondues.
La sélection des samples, l’élaboration et l’enregistrement de
The Private Press prennent à Josh Davis une quinzaine de mois. Les six ans écoulés depuis
Endtroducing lui ont laissé le temps de connaître d’autres musiques et d’en décortiquer tous les aspects afin d’en saisir l’esprit. Tout en conservant son style caractéristique, DJ Shadow réussit ici l’exploit de renouveler totalement ses techniques d’arrangements et la peinture de ses émotions.
L’aspect grandiloquent et lyrique du précédent, en partie abandonné, laisse place à des tonalités moins sombres et un climat sonore plus léger et ludique. L’humour est aussi présent à l’instar de
« Une autre introduction », sample incongru d’un jingle ringard confectionné pour une discothèque… française. Des sons de synthé et des rythmes électroniques tout droit sortis de la new wave des années 80 donnent à certains morceaux un aspect plus pop.
Le titre
The Private Press se réfère à d’obscurs morceaux de funk produits à compte d’auteur par des particuliers : une matière amplement exploitée par DJ Shadow sur ce nouvel opus. Partant du principe que le hip-hop peut incorporer toute autre musique, DJ Shadow a étendu son domaine de jeu au punk garage : en témoignent le single
« Giving Up the Ghost » et l’étonnant morceau d’ouverture
« Fixed Income », où se succèdent guitares planantes et clavecins baroques. Fidèle à ses racines, Josh Davis fait souffler l’esprit old school sur le festif
« Walkie Talkie » et le plus rock
« Right Thing ». Dans
« Monosylabik », performance la plus étonnante de l’album, DJ Shadow élabore à partir des micro-samples du même titre un morceau très novateur aux confins de la musique électronique. On pense à Prefuse 73 ou Antipop Consortium du label… Warp.
L’atmosphère recueillie et zen de l’autre single,
« Six Days » (avec une vidéo somptueuse de Wong Kar Wai, réalisateur d’
In the Mood for Love), provient d’un gros sample vocal puisé dans le psychédélisme américain. L’étonnant «
Mashin’ On the Motorway » en combinant bruits de voitures et rumeurs de disputes projette l’auditeur dans un bolide en roue libre. Le plus soul
« Blood On the Motorway » rappelle la pop funky et symphonique du maître David Axelrod, déjà samplé abondamment sur
Endtroducing.
Sans posséder l’évidence immédiate de son indétrônable prédécesseur,
The Private Press est davantage une habile collection de morceaux dont l’écoute répétée confirme que DJ Shadow est tout simplement un grand producteur.
François Bellion - Copyright 2012 Music Story