Ce tome fait suite à
Mère Russie et il contient les épisodes 19 à 24 de la série mensuelle.
Nicky Cavella a décidé de revenir sur le devant de la scène (après avoir fui comme un malpropre à la fin de
Au commencement...). Pour reprendre le dessus sur les familles criminelles de New York, il a décidé d'éliminer le Punisher une bonne fois pour toute. Et il a eu une idée lumineuse pour que Castle sorte de ses gonds et prenne des risques inutiles. Et le pire, c'est que ça marche. Pendant ce temps là, Kathryn O'Brien (rencontrée également dans
Au commencement...) éprouve quelques difficultés à vivre la vie d'une prisonnière modèle et elle s'échappe. Et le lecteur découvre que Pittsy (l'un des 2 tueurs inénarrables qui secondait Nicky) a une soeur qui vaut le coup d'oeil. Frank Castle réussira t'il à se raisonner avant qu'il ne soit trop tard ou court il à la catastrophe ?
Dans ce tome, il commence à apparaître que les missions successives de Castle dans les tomes précédents laissent des traces que les rares survivants souhaitent supprimer, à commencer par Castle lui-même. Garth Ennis continue de décrire le monde de Castle et à nouveau ce dernier se fait voler la vedette par les autres personnages. Une fois que Castle est passé en mode berserk monomaniaque, ce sont les autres qui disposent d'une vraie personnalité. En particulier Ennis consacre un épisode à montrer quel genre d'individu est Nicky Cavella. Alors que les responsables des familles débattent entre eux pour savoir s'ils le placent à la tête de leurs organisations, Nicky se remémore son enfance et son ascension. Ennis choisit une forme de facilité en le décrivant comme un individu dépourvu de toute capacité d'empathie. Même s'il est évident que Nicky commet atrocité sur atrocité pour essayer de ressentir une émotion, le lecteur a du mal à cerner sa motivation profonde. De la même manière, les motivations de Kathryn O'Brien présentent des incohérences difficilement réconciliables. Il s'agit à nouveau d'un individu ayant souffert au-delà du descriptible, mais qui a choisi de se battre pour le gouvernement, plutôt que pour le crime organisé. À nouveau, il est difficile de percevoir ses véritables motivations et ses explications successives finissent par se contredire et se contrecarrer, au lieu de la rendre plus complexe. Sa relation avec Castle évolue t'elle parce qu'elle se soumet à l'alpha-mâle qu'il est ou parce qu'elle a pitié de lui ? Pourquoi épargne-t-elle son ex-mari ? Impossible à déterminer.
Ce tome marque le retour de Leandro Fernandez aux dessins (il avait déjà dessiné
Kitchen Irish), avec un encrage réalisé par Scott Hanna. Le résultat est aussi efficace que plaisant à l'oeil. L'encrage de Scott Hanna apporte un arrondi et une précision aux dessins qui de ce fait sont très vite assimilés, sans que la vue ne butte sur des aspérités ou des angles qui accrochent. Fernandez a le sens de la mise en scène avec un nombre moyen de 4 à 5 cases par page. Il choisit avec soin les détails qu'il insère dans les illustrations pour ancrer chaque séquence dans un niveau de réalité suffisant, sans pour autant surcharger les dessins. Les combats sont chorégraphiés dans la mesure où ils bénéficient d'une mise en scène structurée, sans aller jusqu'au ballet. Le premier affrontement voit O'Brien sous la douche se faire agresser par 3 autres détenues pendant 2 pages quasiment muettes. Les décors sont présents en quantité suffisante les mouvements d'O'Brien montrent qu'il s'agit d'une combattante maîtrisant plusieurs techniques et les coups qu'elle porte font mal. Lorsqu'il s'attaque à des massacres à l'arme à feu, Fernandez ne lésine pas sur l'hémoglobine et il prend un plaisir évident à représenter la tripaille qui se répand et la matière cervicale qui tâche. Le carnage est représenté dans toute son horreur et toute sa force. Le lecteur est à la fois fasciné par la violence, mais aussi dégoûté par la réalité des blessures. Fernandez met en scène avec la même habilité les différentes séquences de dialogues ; là encore les angles de vue sont pensés comme des mouvements de caméra pour accompagner les répliques et mettre en valeur l'interlocuteur qui a le dessus dans la conversation. Fernandez sait également décrire des visages et des silhouettes spécifiques pour chaque individu, dont certaines restent longtemps en mémoire (je pense en particulier à la terrible Teresa Gazzera). La mise en couleurs de Dan Brown surprend parfois avec des teintes très vives plus adaptées à des superhéros.
Ce tome m'a laissé avec un sentiment partagé. Il est très agréable à lire grâce à des illustrations très plaisantes à tout niveau (détails, esthétique, efficacité) et il présente une nouvelle facette de Frank Castle (la distance qui le sépare d'une folie destructrice et suicidaire). Ennis expose également de manière magistrale en quoi le monde du Punisher est sens dessus dessous, comme évoqué dans le titre. De l'autre, les agissements des personnages ne semblent pas toujours raccord avec leur personnalité et leurs motivations. L'extermination des criminels continue dans
Les négriers.