Valeur Artistique.
Un homme revient dans son village natal, pour l'enterrement de son père.
Le récit débute en noir et blanc. Souvent, ce sont les flash back qu'on présente ainsi. Dans ce film, c'est le contraire. Le temps présent est gris. C'est le temps de la vieillesse, et du deuil. L'être aimé a disparu, la vie a perdu ses couleurs.
Ses yeux se posent sur une photo de ses parents tout juste mariés, et il se souvient de ce qui lui a été raconté de l'éclosion de cet amour atypique: à l'époque (1957) les mariages arrangés dont encore la règle en Chine.
Le film se poursuit en couleurs. Couleurs vives, chaudes, chatoyantes. Zhao Di est d'une grande fraîcheur. Son sourire, ses expressions manifestent une timidité et une audace pleine de délicatesse et de naïveté. Elle est à la fois très belle et très chaste.
Le récit se place surtout du point de vue de la jeune fille. Mais il n'omet pas de nous signifier que le jeune homme est amoureux lui aussi (par le récit du fils, en voix off).
Les images sont somptueuses, la musique très belle et en pleine harmonie avec les sentiments évoqués.
Vêtue d'une veste rouge ou rose le plus souvent, couleur de la passion, Zhao Di ne se laisse pas brûler par les feux de l'amour. Elle traverse les flammes, comme ces bosquets de feuilles dorées où elle court, observant son bien aimé qui avance sur la route.
Valeurs Humaines.
Coup de foudre, passion. Zhao Di tombe amoureuse dès les premiers instants, de loin. Cette passion ne sera pas dévorante, ni captatrice. Au contraire. Elle est vécue de manière puissante mais dans une très grande fraîcheur, un très grand respect. Il y a en Zhao Di un désir très pur.
Au contraire de ce qui nous est souvent montré aujourd'hui (en moins d'une heure, on couche ensemble), les deux jeunes gens gardent une distance réelle entre eux, qui donne de la hauteur à leur sentiment. Distance imposée, au début, par les traditions régentant les travaux de construction. Puis par le rappel de l'instituteur à la ville. Cette distance ne semble pas contradictoire avec le sentiment qu'ils éprouvent, au contraire même, elle en souligne la profondeur, la beauté. Le temps ne respecte que ce qui se construit avec lui.
Zhao Di aime écouter la voix de son bien aimé. Elle s'arrange pour venir chaque jour devant l'école. Cela durera quarante ans. L'écoute permet une distance plus grande que la vision. Voir l'autre c'est déjà le posséder un peu.
Elle met tout son coeur pour préparer les repas de l'instituteur. Le repas, même s'il n'est pas pris ensemble, est un lien, une médiation, et le lieu de l'attention à l'autre. Combien de mères de famille peuvent en témoigner!
Il n'y a rien de sensuel, encore moins de charnel, dans leur passion. A aucun moment du film, il n'y a de contact physique, pas même de leurs mains. Et leurs regards sont purs.
Il y a aussi un très grand respect de la part des villageois. Cette passion amoureuse, si chaste soit-elle, n'est pas dans les habitudes. Mais personne ne la remet en cause ni ne s'en moque.
Le film revient au noir et blanc, pour l'enterrement de Luo Changyu. Cet homme s'est consacré à l'enseignement. Sa femme, Zhao Di, l'a offert aux autres, en quelque sorte. En effet, "il a passé plus de temps à l'école qu'à la maison", dira-t-elle. Ils ont eu un seul enfant, Chine totalitaire oblige, mais plus d'une centaine d'anciens élèves de Luo sont venus volontairement porter le cercueil de leur ancien maître, manifestant ainsi la fécondité de l'amour de Zhao Di et Luo Changyu, de leur vie.
Cette foule dit aussi combien Zhao Di a eu raison de tenir au respect de la tradition d'antan, donnant à chacun l'occasion d'exprimer sa reconnaissance.
Lecture spirituelle.
Méditant sur ce film, je ne peux m'empêcher de penser à plusieurs passages bibliques. Cette jeune fille toute tendue vers son bien aimé, cherchant à le voir, et plus encore à l'entendre, me rappelle plusieurs moments du Cantique des Cantiques.
"J'ai cherché celui que mon coeur aime. Je l'ai cherché, mais ne l'ai point trouvé! Je me lèverai donc, et parcourrai la ville. Dans les rues et sur les places, je chercherai celui que mon coeur aime. Je l'ai cherché, mais ne l'ai point trouvé".
"Avez-vous vu celui que mon coeur aime?"
" J'ai ouvert à mon bien aimé, mais, tournant le dos, il avait disparu! Sa fuite m'a fait rendre l'âme. Je l'ai cherché, mais ne l'ai point trouvé. Je l'ai appelé, mais il n'a pas répondu"'
Et ces versets de psaumes:
"J'espère le Seigneur, j'espère de toute mon âme, et j'attends sa parole. Mon âme attend le Seigneur plus que les veilleurs l'aurore". (130)
"Comme languit une biche après les eaux vives, ainsi languit mon âme vers toi, mon Dieu". (42)