Avant-dernier film d’une courte mais riche collaboration, commencée en 1930 avec « l’ange bleu » et terminée en 1935 avec « la femme et le pantin », « l’impératrice rouge » marque l’apogée d’un style au service d’une actrice. De par son style qui procède du trop plein, le film affirme dans chaque plan son esthétique baroque. Laquelle structure, ordonne les contours d’un espace limité autour de l’actrice afin de mieux la mettre au centre de cet espace - en pleine lumière. Symbole du parcours psychologique et politique de Sophie Frédérique. Soigneusement, méticuleusement, Sternberg l’esthète découpe, agence, éclaire l’espace autour de son actrice. Emprisonne celle-ci, par un savant découpage, dans un avant-plan et arrière-plan foisonnants. Créant ainsi, dans un décor sinueux, un espace hostile dans lequel Sophie Frédérique se meut bien malgré elle. Sternberg rend palpable, par l’utilisation de cette forêt de praticables, l’univers d’un nouveau statut oppressant, d’un désir soumis aux contraintes de la réalité. Et au détour d’un décor, d’une descente d’escalier, par la conjonction du clair-obscur, du mouvement et du décor, incarne une frustration, une intériorité désenchantée, (thèmes que l’on retrouve dans son œuvre ainsi que celui de la rédemption). Inséminant ainsi l’espace du danger d’un décorum rigide dont l’époux est le corollaire.
De déplacement en ajustement, d’interrogation en décision, le décadrage se fait centre ; se précisent les contours d’une ascension historique et d’une intention artistique. Maintenant de tous les regards, de toutes les attentions, Catherine règne. Comme un écho au destin de la reine Marlène. Trajectoire historique au service de sa muse. En hissant Catherine au centre de toutes les Russies, Sternberg encense Marlène sur l’autel de son cinéma baroque.