Les Seeds, dans sa version deux albums de 1966, réunis en un seul(l'album éponyme et A Web Of Sound)doivent impérativement faire partie intégrante de votre collection. Le meilleur de leur production est là. Si l'album éponyme vaut essentiellement par quatre pistes énormes, le LP suivant marque une avancée pour le groupe qui, avec son troisième album, va se rapprocher de la mouvance psychédélique et sortir de son registre punk garage. Indispensable.
THE SEEDS - 1966
Sky Saxon à la scène, mais Richard Elvern Marsh pour l'état civil, bassiste et chanteur, s'est éteint alors que le tsunami médiatique de la nouvelle de la mort de Michael Jackson écrasait tout sur son passage. Parti dans la discrétion, l'homme aux cheveux de paille désordonnés, celui qui fut le chanteur mémorable d'un groupe californien (de Venice) atypique, mais surtout inoubliable, des années 60, les Seeds, était de la race des Arthur Lee (Love), des Roky Erickson (13th Floor Elevators), ces artistes allumés qui ont posé les bases du psychédélisme des sixties. The Seeds, qu'il a contribué à créer en 1965 avec l'amérindien Jan Savage (guitare), l'excentrique Dary Hooper (claviers) aux tenues vestimentaires démentes et l'excellent Rick Andridge (batterie), furent originellement un groupe de rock bien dans la tradition garage, le temps de sortir quelques singles en ce sens, dont le phénoménal Pushin' Too Hard, avant de colorer leur rock plutôt primaire et sauvage de notes flower power, popularisant du même coup le rock psychédélique, tout en présageant le phénomène punk à venir et pour lequel il fut très influent. Groupe à la carrière éphémère (elle prend fin en 1970), mais culte pour autant, les Seeds publient deux albums l'année 1966, dont l'éponyme The Seeds (avril 1966), le second étant Web Of Sound. L'album The Seeds, produit par Marcus Tybalt, a de la gueule et frappe fort pour un premier jet, même s'il a tendance à être répétitif. Quelques pistes particulièrement costaudes en émergent : les singles sortis en 1965, en juin pour Can't Seem To Make You Mine et en novembre pour l'inamovible Pushin' Too Hard, No Escape, Girl I Want you. Try To Understand, Nobody Spoil My Fun, Evil Hoodoo, un ton en dessous, sont également dignes d'intérêt, plus que le lot restant, qui a pour vocation principale de remplir (3,5/5).
A WEB OF SOUND - 1966
Il faut avoir ce second LP des Seeds, sorti la même année 1966 que l'album éponyme antérieur. Ne serait-ce que pour le presque ¼ d'heure tourmenté d'un Up In Her Room obsédant. Un riff permanent, régulier, intense, qui revient en boucle comme pour mieux te torturer et te prendre dans les mailles d'une toile tissée progressivement (comme celle qui orne la pochette du disque), un Farfisa en transes qui te farcit le cerveau (louons le jeu du génial Hooper), un tempo qui va crescendo pour mieux te prendre, des instruments qui se font de plus en plus forts, des sons qui se déforment, flirtant avec le chaos dans sa phase terminale... Grandiose ! Un des meilleurs instants de l'épopée du rock... Si ça n'est pas du rock psychédélique, c'est bien imité. A Web Of Sound passe à la vitesse supérieure, fait avancer le groupe de Venice d'un pas de géant par rapport à l'album précédent. Originale, surprenante, leur musique a incontestablement influé sur l'échiquier psychédélique qui fleurira en 1967. Les Doors seront sous le charme, Jim Morrison craquera pour leur son étrange, Manzarek y puisera des indications pour optimiser toute la substantifique moelle de son orgue. La phase initiale (de l'excellent et atypique Mr Farmer à Rollin' Machine), punk rock, est un tremplin pour les groupes du genre de la fin des seventies. Pour moi, l'intérêt de ce disque (peut-être leur meilleur) réside plutôt dans sa deuxième partie constituée d'un Just Let Go (et sa basse funky) que Saxon pilonne lascivement de Justa Justa Justa, martèle de de Woo-woo-woo et de plaintes qui ne laissent aucun doute sur le caractère sexuel de la chanson. Avec en point d'orgue, le géant Up In Her Room énoncé ci-dessus. C'est lourd, déjanté, époumoné, haletant, dense, proche de l'épilepsie et j'aime cette atmosphère. J'ai lu quelque part que ce groupe a inventé le Velvet Underground. La remarque est pertinente et pas si folle que ça (5).