Fan de Kate Bush depuis une vingtaine d'années, j'aime tous ses disques. Ses deux premiers, The Kick Inside et Lionheart (1978) sont les plus frais et les plus charmants. Ils révèlent déjà un talent hors norme éminemment personnel où le Romantisme le plus débridé (Ah, le sublime Wuthering Heights !) côtoie une théâtralité assumée (Hammer Horror). Certes, son opus le plus audacieux et le plus génial est sans conteste The Dreaming (1982) tandis que Hounds Of Love (1985), son plus grand succès artistique et commercial, propose son album le plus mûr où les tubes de sa première période se disputent l'honneur avec des chansons magiques qui plongent dans un univers de contes de fée et des titres atmosphériques où Kate Bush déploie toute sa spiritualité, le tout avec un sens mélodique d'une pureté inégalée. Bien que son opus suivant ne bénéficie pas de la même aura (il semble même être passé relativement inaperçu), c'est à mon sens avec The Sensual World (1989) que Kate Bush atteint la quintessence de son art. Inutile d'y chercher l'audace fructueuse de The Dreaming, Kate ne pouvait pas reproduire une oeuvre miraculeuse. D'ailleurs elle ne l'a même pas tenté. Après quatre années de silence, l'auteure-chanteuse-compositrice nous revient pourtant dans une forme éblouissante, mais pas forcément là elle était le plus attendue. Il y a toujours eu chez Kate Bush un talent à la virtuosité ostentatoire qui l'a poussée dans ses cinq premiers albums à une certaine forme de surrenchère. Avec The Sensual World, elle ne pousse plus ses recherches sonores comme auparavant, ce qui ne veut pas dire qu'elle a négligé l'enregistrement de son disque, au contraire, mais elle laisse pour une fois s'exprimer sa part féminine la plus intime, pas celle qui a su ravir ses auditeurs masculins, mais une féminité plus terrienne, plus humaine, qui s'assume jusque dans sa fragilité tout en évitant la mièvrerie. Le trio féminin de voix bulgares, The Trio Bulgarka, apporte une touche World particulièrement bienvenue qui se love harmonieusement dans le tissu acoustique du background musical (violon, cloches, piano). La voix de Kate ne gravit plus les octaves dans les aigües comme elle le faisait à l'époque de ses deux premiers albums. Cela pourra décevoir ses fans. Cela en revanche me comble d'aise : la voix de la diva, ayant gagné une profondeur qui lui faisait un peu défaut (est-ce un vieillissement)n'a jamais été aussi suave. Ses compositions, moins loufoques, moins géniales diront certaines mauvaises langues, jouent sur des subtilités harmoniques desquelles se dégage une vraie poésie (ah, le splendide The Sensual world, le romantique et aérien The morning fog !). Avec "James and the old gun" et "Violin", Kate s'était déjà essayée à des humeurs plus rock. Mais avait-elle composé un titre de la trempe de "Rocket's tail", tout en crescendo, un rock puissant où retentissent des cris féminins sur des riffs de David Gilmour d'une absolue beauté (loin des sonorités pink floydiennes) ? IRRADIANT. Elle n'a pas perdu la main non plus dans les titres les plus dépouillés où sa voix et son piano déploient une émotion d'une rare ferveur comme dans le bouleversant "This woman's work" (dont le clip réalisé par Kate Bush se déguste comme un court métrage minimaliste, un chef d'oeuvre !!).