Quel chemin parcouru depuis les années 70 ou 80, quand tous les flics étaient des braves types, des "chevaliers au grand coeur", genre Starsky et Hutch! "The Shield", c'est une sorte de monumental "reality check", une plongée sans concession dans le no man's land moral où se débattent les vrais policiers de terrain, ceux qui combattent en première ligne, loin des technocrates en costard trois-pièces qui font des grands discours sur l'éthique dans le confort de leurs bureaux lambrissés. Farmington, le district de Los Angeles où se passe cette série, est un immonde marigot où les gangs, la drogue, la prostitution et le racket gangrènent tout. Au coeur de ce marigot, une troupe de choc, la "Strike Team", coachée par Vic Mackey, une tête brûlée qui cogne d'abord et cause ensuite. Le problème de Mackey, c'est qu'il se trouve pris entre deux feux. D'un côté, les crapules qu'il doit arrêter. De l'autre, les politicards qui scrutent ses méthodes et lui cherchent des poux dans la tête. Façon de parler, bien sûr, vu que Mackey n'a pas un poil sur le caillou... Mais ramener "The Shield" à un "pitch" aussi sommaire serait presque une insulte! Il y a tant de choses à aimer dans cette série! D'abord, le punch de la réalisation, avec cette caméra à l'épaule qui nous met au contact de la rue, qui sait fouiller les personnages en tournant autour d'eux, qui nous donne parfois l'impression d'assister à des scènes comme par effraction. Autre qualité, l'ingéniosité des scénarios qui mènent habilement de front l'arc narratif couvrant les sept saisons, à savoir la trajectoire de Mackey, et les intrigues ponctuelles. C'est à travers ces dernières, d'ailleurs, que le commissariat de Farmington prend sa vraie dimension, en faisant vivre sous nos yeux toute une petite communauté de flics qui s'aiment, s'apprécient et parfois se détestent. Des flics terriblement humains, comme Dutch, par exemple, qui de saison en saison prend une importance croissante jusqu'à devenir à mon avis l'un des personnages les plus aboutis de toute la série. Et puis, quelles performances d'acteurs! De Michael Chiklis à Walton Goggins, le casting est absolument parfait et tutoie carrément le génie avec la participation de Forest Whitaker qui, dans la saison 5, investit son rôle d'une subtilité inouïe. Non, décidément, "The Shield" n'est pas une série télé comme les autres. C'est une véritable oeuvre d'art, qui nous dit quelque chose de profond sur la nature humaine et qui le dit avec un talent énorme.