Délivrons
in petto le lecteur d’une sourde angoisse. L’intitulé de cet album se nourrit de deux éléments : une set-list plus courte qu’à l’accoutumée (douze chansons), et une prestation d’Anaïs (sur la scène des Francofolies de La Rochelle en 2009) en short. Donc, pour écouter la chanteuse en short, c’est par ici...
Outre une représentation équitable de ses deux précédents albums (The Cheap Show en 2005, et The Love Album en 2008, quatre compositions chacun), la Grenobloise offre une nouvelle version de « Do I Have Your Attention? » (qu’elle avait déjà enregistré en compagnie des créateurs du refrain, les Californiens de The Blood Arm). Sans le sourire lippu de l’original, mais avec l’énergie de son âge, Anaïs décline également une reprise du « Dancing With Myself » de Billy Idol (le guitariste de la dame, se croit manifestement revenu à la glorieuse époque de Generation X), puis dévale en approche Swingle Singers le thème historique de The Avengers (Chapeau melon et bottes de cuir).
Pour le reste, c’est avec un plaisir un peu pervers (il y a toujours délice à entendre une femme s’exprimer de pareille façon... surtout lorsqu’on est un homme) qu’on goûte de nouveau à « Christina » (« sans tes couilles tu seras peut-être moins con »), et qu’on prend sa place dans la file d’un « I Love You » en authentique pandémonium, où la jeune femme démontre encore une fois son extrême capacité dans la note tenue. La voix, justement, un peu sur la défensive au début du set (c’est-à-dire que Madame force), sans nul doute impressionnée et par l’assistance, et par l’occasion, s’assouplit au fil des refrains, pour enfin s’autoriser l’humour, la complicité avec son audience, voire la tendresse (dans « Elle sort qu’avec des blacks », ou qui peut le moins – de bruit – peut le plus – de charme -). Et à s’amuser, aussi (l’inédit « Tu veux ta clé »), avec les clichés du R&B, et l’inanité de certains textes ornant la jeune chanson française à rythme.
Voilà, c’était un soir en Charente-Maritime, l’une de ces soixante dates qui auront permis aux foules hexagonales (plus de 80 000 spectateurs au total) d’applaudir une chanteuse qui a un grain (de folie, ou de génie, ou les deux), et dont le réalisme poétique, l’humour abrasif, et la personnalité attachante, alimentent le personnage unique et décalé.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story