"JIM MORRISON AU-DELA DES DOORS" de HERVE MULLER (Albin Michel 1978)
4° Album 1969 33T Réf : Elektra EKS 75005 us - Elektra WEA 42079
« The Soft Parade », en 69, fut l'album des Doors le plus violemment critiqué et, pour une fois, c'était largement mérité. La faute en incombait essentiellement à Robbie Krieger, dont l'influence atteignait là son apogée. La moitié des morceaux portaient sa signature - cette fois-ci, en effet, ils étaient attribués à leurs auteurs respectifs.
« J'ai pensé qu'il était temps que les gens sachent qui disait quoi », expliqua Morrison.
Or, Krieger avait laissé libre cours à ses tendances baroques, réussissant apparemment à entrainer les autres dans cette voie dangereuse. Le résultat est parfois d'un goût douteux.
Outre deux bassistes (Doug Lubahn ou le réputé Harvey Brooks), les Doors avaient employé beaucoup de monde, utilisant même parfois un ensemble de cuivres et un orchestre à cordes dans le cadre de vastes arrangements de Paul Harris. Manzarek, et même Densmore, y sont souvent noyés. Le résultat est particulièrement catastrophique sur le morceau qui ouvre l'album, le pompeux « Tell All The People ».
Même la chanson qui leur valut un autre succès en simple, « Touch Me », également composé par Krieger, voir son impact inutilement amorti par des violons et des cuivres à la façon de Blood Swet & Tears. Les autres titres de Krieger dont encore moins convaincants : « Wishful Sinful » bénéficie (?) des mêmes lourds arrangements, « Runnin' blues » est un bizarre collage musical de R & B et de bluegrass, amusant, mais répétitif « Do It » gagnerait énormément à être plus court de moitié...
Le seul avantage de ce contexte instrumental est que Morrison y trouve l'occasion d'utiliser de façon beaucoup plus larges les possibilités de sa voix.
Et puis il y a l'autre aspect de « The Soft Parade » : les chansons de Morrison qui, elles sont réalisées avec le seul accompagnement du groupe et d'un bassiste, et suffisent à racheter l'album. Mis à part
« Easy Ride », plaisant mais peut être un peu faible, ce sont en effet trois de ses plus superbes compositions : « Wild Child », « Shaman's Blues » et puis la quatrième et dernière longue suite des Doors « The Soft Parade ».
Ce fut la dernière pour des raisons d'ordre pratique. Alors que les deux premières, « The End » et « When The Music's Over », s'étaient développées naturellement et librement soir après soir au « Whiskey -a-Go-Go » , « The Soft Parade » et « The Celebration Of Lizard" avaient été composées artificiellement par Morrison, par le collage d'éléments épars déjà existants. On ne pouvait guère envisager de répéter un tel procédé trop souvent, car ses possibilités restaient limitées. Le problème s'étendait d'ailleurs à l'ensemble des chansons du groupe qui étaient maintenant composées une bonne fois pour toutes, et Jim déplorait beaucoup la perte de ce processus de génération spontanée que le travail en club rendait possible.