Ce livre est le deuxième de la série "Collegia magica" et fait suite au premier tome, "The spirit lens".
L'histoire reprend quatre ans plus tard ; cette fois-ci la parole est donnée, non plus à Portier de Savin-Duplais, mais à demoiselle Anne de Vernase, la fille aînée du célèbre traître, poursuivi pour d'abominables crimes de la plus noire sorcellerie.
La jeune fille est arrachée à la demeure familiale qu'elle tente désespérément de garder à flot, anéantie par l'annonce de la mort de sa jeune soeur, l'indomptable Lianelle, pour être affectée parmi les rangs des demoiselles de compagnie de la Reine Eugénie.
Anne nourrit des doutes sur l'origine de la mort de sa talentueuse jeune soeur, qui aurait péri suite à une malencontreuse expérience magique, et profite de sa situation stratégique à la Cour pour enquêter dans le cadre restreint de ses obligations et de sa réputation.
Il est bien difficile de savoir à qui se fier dans ce noeud de vipères qu'est la Cour de Merona, mais des alliances lui apparaissent très vite indispensables pour mener à bien ses vagues mais fiévreux projets, concernant la mort de soeur, le sort de son jeune frère, enfermé depuis 4 ans, et même sur la culpabilité de son père, dont elle commence à douter, après quatre affreuses années.
Elle devra mettre à l'écart son antipathie pour Duplais, consciente de la droiture parfois exaspérante de cet homme, se fier à son instinct et surtout chercher à voir au-delà des apparences...
Le lecteur, qui connait déjà certains personnages clés du récit, Duplais, Illario, Eugénie ou Dante, aura le plaisir de les redécouvrir à travers les yeux perspicaces et passionnés d'Anne (le récit est, comme toujours chez cet auteur, écrit à la première personne du singulier).
Ce livre est un chef d'oeuvre de subtilité dans son traitement des relations humaines, déclinées dans une palette de personnages étonnants, dont on devine pour chacun une profondeur étonnante, sans trop savoir quelle facette de leur personnalité est la vraie, sans jamais être certain de la direction de leur loyauté.
La lecture de ce deuxième tome m'a subjuguée, par son ambiance très personnelle, tout en surprises et en tension montante, servie par un beau style classique ; tout se déroule lentement, dans une ambiance terriblement mystérieuse, où la vérité se dévoile par couches, découvrant des vérités parfois incroyables jusqu'à l'apothéose finale.
L'élément central de l'intrigue et de son dénouement repose sur la relation de la jeune fille avec un mystérieux ami (je ne souhaite pas vous en dire plus, ce serait un sacrilège) et le traitement de cette étonnante relation atteint la perfection. Curieusement la nature magique de leur lien évoque quelque chose de très moderne (vous comprendrez en le lisant) alors que la conclusion m'a si fortement évoqué un classique de la littérature que je doute que ce soit une coïncidence.
Le personnage central, Anne de Vernase, est étonnamment réussi. Son caractère bien trempé mais plutôt réservé, son profil de jeune fille choyée par ses parents et valorisée pour son esprit brillant, son don pour les études, et son physique peut-être banal, mais que l'on devine fascinant par sa ferveur, sont très bien amenés. Et surtout l'évolution de cette jeune femme, qui se montre capable d'exploits à la fois intellectuels et physiques, font d'Anne une héroïne éminemment attachante et crédible. Il est rarissime d'observer une telle adéquation entre la volonté de l'auteur de forger un personnage tout en contrastes et en nuances et la pleine satisfaction du lecteur.
Si Carol Berg s'est assagie dans la teneur de ses descriptions en ce qui concerne la torture (toujours un élément clé de ses récits) l'intensité reste la même. Les maltraitances ne sont pas absentes de ce récit fascinant, mais plus évoquées que longuement détaillées, servant le récit sans angoisser le lecteur.
Je recommanderais chaudement cette série pour tous les amateurs de fantasy de qualité, où la magie est le pivot de l'intrigue mais où le devant de la scène est réservé aux personnages, exposés avec une admirable densité psychologique, mais sans aucun souffle épique.
La guerre est de celle qui se jouent à huit-clos, dans l'indifférence ou du moins l'ignorance générale, sans cavalerie et sanglantes scènes de bataille (même si les morts violentes et inquiétantes ne manquent pas). La fin est également très satisfaisante, tant sur le plan intellectuel qu'affectif.
Carol Berg, un auteur que j'ai toujours beaucoup aimée, s'est extraordinairement bonifiée au fur à et mesure de ses écrits (selon mes critères, mais je crois que l'avis doit être général) et cette série de "Collegia magica" est une merveille, l'une de mes meilleures lectures fantasy.
Une suite est prévue pour l'année prochaine, "The Daemon Prism", suite clairement annoncée à la fin de "The soul mirror", mais n'engendre aucune frustration, l'intrigue de ce tome étant parfaitement bouclée.