Depuis des lustres on s'imagine que ce concert des Stones à Hyde Park, avait été organisé à la mémoire de Brian Jones, qui avait plongé pour la dernière fois dans sa piscine deux jours plus tôt. En fait, non. Ce concert gratuit, était prévu depuis des lustres, six groupes étaient à l'affiche. Les Stones y participaient, souhaitant pour l'occasion présenter Mick Taylor, enrôlé quelques mois plus tôt, pour remplacer Brian Jones. L'ange blond, l'âme du groupe, interdit de séjour aux Etats-Unis, camé à longueur de journée, remettait en cause l'existence même du groupe, en tournée. Il a donc était licencié, et remplacé.
Le 3 juillet 1969, le décès de Brian Jones est annoncé, et le 5, Mick Jagger ouvre le concert en lisant un poème de Shelley, en mémoire à son camarade disparu. « C'est une bonne intention » lui dit le présentateur du show, chargé de préparer la foule (entre 500 et 600 000 personnes). Jagger acquiesce, le regard triste. Ce même Jagger qui avait pris la tête de la fronde anti-Jones, et qui devint du coup le véritable leader du groupe...
Cela se confirme avec ce concert, où Mick Jagger est omniprésent à l'image. Il est de tous les plans, ou presque. Aurait-il eu un droit de regard sur le montage ? Comme pour le ROCK'N'ROLL CIRCUS ? Du coup, l'arrivée de Mick Taylor au sein du quintet est relégué à l'anecdote. Le concert démarre par une reprise de Johnny Winter (dans les faits, mais pas dans le film qui propose un curieux montage en trois parties) puis les classiques défilent, de « I'm Free » à « Honky Tonk Woman », de « Satisfaction » à « Jumping Jack Flash ». On a droit à quelques bribes de « Midnight Rambler », et l'affaire se clôt sur une version longue de « Sympathy for the Devil » où les Stones sont accompagnés sur scène par des percussionnistes africains, et où Taylor et Richards rivalisent de chorus à la guitare. Les deux guitaristes se surpassent aussi sur "Love in vain"... Quelle splendeur ce morceau !
L'intérêt du concert ne réside pas forcément dans la performance musicale, encore moins dans la captation vidéo. Les opérateurs doivent recharger régulièrement leur caméra, et ratent la moitié des morceaux, dont très peu sont en entier. L'intérêt est plutôt dans la captation de l'air du temps. La foule, immense, à perte de vue, heureuse, faites de rockers, de hippies, de Mod's, le service d'ordre des Hell's Angels (les cadreurs insistent lourdement sur les svastikas arborées). Intéressant aussi de voir les copains (McCartney aperçu rapidement) la belle Marianne Faithfull, et toute une clique du gus empilés derrière les amplis dont on ne comprend pas le rôle exact, à part raconter plus tard qu'ils y étaient ! On le constate sur beaucoup de concerts de cette époque (chez Led Zep aussi) les potes (ou les dealers) avaient une place réservée sur scène ! Les groupies tentent de monter sur scène, quand elles y parviennent elles en sont expulsées sans ménagement, sans même un regard compatissant de Jagger, mais sous les yeux vaguement inquiets du juvénile Mick Taylor. La communion avec le public à ses limites... L'image qui reste, étant la juxtaposition de ce danseur africain en transe, et du blanc-bec british en tunique à jabots : raccourci saisissant des origines du blues, au rock business en devenir ! Ainsi que le dernier plan, sur une magnifique petite vieille, sorte de Miss Marple paumée dans un acid test !
Le DVD est complété par trois morceaux non montés, un documentaire de 50 minutes, et une interview de Philippe Manaeuvre, en roue libre, et un peu décousue. Un document sur un des moments fort de l'histoire du rock, conjointement filmé par la télé anglaise, et française, le plus gros concert organisé. Mais pas forcément le meilleur.