Voilà ici réédité dans ce double-album le second volume de cette intégrale enregistrée pour le label rouge et bleu.
Prolongeant la vision positiviste de la précédente "Sinfonia espansiva", la Symphonie n°4 "Inextinguible" représente « tout ce que nous sentons et pensons au sujet de la vie » (dixit le compositeur), affirme le pouvoir de la volonté de vivre et appelle ainsi un fort engagement interprétatif : flattée par les micros de Decca, la phonogénie de l'orchestre californien magnifie ici les beautés de cette partition mais laisse aussi percevoir des baisses de tension narrative dans cet opus qui requiert un soin constant pour unifier la succession des climats.
Non moins optimiste mais beaucoup plus inquiète et conflictuelle, la Symphonie n°5 structure une double dualité : opposition d'une menace insidieuse (marquée par d'obsédantes ondulations et le rythme séditieux des percussions) et d'un retour à l'apaisement dans la dialectique « tempo giusto-adagio », puis énergie régénératrice dans les allegros de la seconde partie.
La baguette d'Herbert Blomstedt se montre sensible à la finesse d'écriture de ces pages habilement instrumentées mais tend selon moi à édulcorer le contraste émotionnel par manque de pugnacité.
Avec l'orchestre de la Radio danoise, (Emi, 1973), le même maestro avait précédemment enregistré une lecture mordante qui manifestait éloquemment le caractère martial de cette oeuvre, sans atteindre toutefois les spectaculaires excès de Leonard Bernstein à New York (Sony) qui survalorisait la propension belliqueuse.
Sous le titre de cette "Sinfonia semplice" que Nielsen conçut initialement « aussi vivante et gaie que possible » se cache pourtant une ambivalence expressive et tonale que l'on comparerait volontiers à l'ironie chostakovienne : narquois "Humoreske" cultivant un propos incongru, "Proposta seria" pince-sans-rire, "Tema con variazioni" tour à tour moqueur ou désabusé...
Si l'on considérait cet opus comme une nasarde à la musique moderne, l'interprétation accuse ici les traits caricaturaux derrière la virtuosité et le luxe sonore des pupitres san-francisains : deux vertus qui suffisent à gratifier l'écoute, même si on pourrait souhaiter entendre une poésie plus finement troublante.
Ce double-album est complété par la réédition d'un programme extrait d'un CD paru en 1996 : l'anecdotique "Petite Suite pour cordes" que Nielsen écrivit à vingt-trois ans, et le charmant "Hymnus Amoris".
Ces deux oeuvres sont ici interprétées par l'Orchestre et les Choeurs de la Radio danoise, le Choeur de garçons de Copenhague, dirigés par Ulf Schirmer.
On note la présence de Barbara Bonney parmi les cinq solistes vocaux.