Trelkovsky (interprété par Polanski lui-même), petit immigré polonais timide et introverti s'installe à Paris dans un vieil immeuble cossu après que l'ancienne locataire de l'appartement se soit apparemment jetée par la fenêtre. Il devra, avant de pouvoir poser ses valises, attendre que Simone Choule, la suicidée, décède car en fait, elle est clouée sur un lit d'hôpital dans le coma. Trelkovski, intrigué, aura l'occasion, de lui rendre visite et fera là-bas, connaissance avec une amie de Choule, Stella (Isabelle Adjani), jeune femme extravertie au comportement ambigu mais que le jeune homme trouvera assez vite à son goût. Peu de temps après, la locataire suicidée mourra et alors, Trelkosky pourra enfin s'installer dans le vieil appartement.
La vie semble suivre son cours au travail, dans un bar, en société, rien ne semble devoir troubler la vie bien réglée de Trelkovsky si ce n'était le jeu étrange auquel s'adonnent les autres locataires de l'immeuble quand vient la nuit, dans les toilettes installées sur le palier et donnant directement sur la fenêtre du salon du jeune polonais. Pendant des heures, immobiles, ils semblent être les personnages d'un effroyable tableau vivant... Après avoir reçu des amis chez lui pour la pendaison de crémaillère, le propriétaire de l'immeuble fait savoir à Trelkowsky que tout bruit est proscrit dans l'immeuble. Alors, le jeune homme, si réservé, se fera un devoir de s'y fondre pour ne plus faire parler de lui... Après quelques temps, la vie semble reprendre un cours normal pour le jeune homme jusqu'au jour ou il tombe sur des affaires de l'ancienne locataire enfermées dans une vieille armoire.Des vêtements, du maquillage, vestiges d'une vie qui s'est éteinte. Et même une dent, enfoncée dans le mur derrière le meuble, protégée par une fine épaisseur de coton. Dès lors, tout ira très vite. Après avoir reçu en pleine nuit la visite d'une locataire dont la fille handicapée semble gêner les autres habitants de l'immeuble,Trelkowsky, après avoir refusé de signer une pétition visant à chasser la femme et son enfant, sera la nouvelle victime des locataires qui sembleront vouloir le pousser au suicide comme ce fut le cas pour Simone Choule. Il finira même par se persuader que tous le monde le pousse à "devenir" Simone Choule et après avoir acheté une perruque, vêtu des vêtements de l'ancienne locataire et maquillé à outrance, il passera des nuits entières à roder dans son appartement, vivants de fantasmes et de visions terrifiantes...
Après "Repulsion" et "Rosemary's Baby", deux autres grands classiques du cinéma, Polanski aborde pour la troisième fois le sujet du cloisonnement. Il enferme à nouveau son personnage dans un appartement et développe chez lui la part d'ombre qu'il avait jusque là réprimée. Ses angoisses et ses peurs alors se révèlent dans un jeu d'acteur époustouflant le menant au paroxysme de la paranoïa. Le film baigne dans une ambiance fantastique qui remet toujours en question notre compréhension du sujet mais aussi du personnage et de ce qui l'entoure. On se demande souvent ou est la part d'imaginaire, si le personnage est victime de ses propres peurs ou simplement de la constante volonté de ses colocataires à vouloir lui nuire. Évidemment, quand viendra le dénouement tout s'éclaircira dans un feu d'artifice qui encore aujourd'hui impressionne. Ce qui marque au premier abord, c'est la maîtrise du sujet.On finit par croire que ce que vit le personnage campé par Polanski n'est que la transposition cinématographique d'une existence vécue par le cinéaste. Tout concorde pour faire du Locataire, un chef-d'œuvre inégalable. La bande originale, composée par Philippe Sarde participe à l'ambiance exceptionnelle du film. Le scénario, alambiqué tout en étant d'une limpidité exemplaire, pousse le spectateur à accompagner le héros jusqu'au dénouement. La mise en scène, prodigieuse et sans faux accords force le respect.
Une vraie leçon de cinéma...