Cet album sorti en 1984 se trouve coincé entre 2 périodes-charnières de la carrière du groupe, qui n'est d'ailleurs plus vraiment un groupe : le batteur passe aux claviers, le producteur prend la basse, le nouveau batteur vient d'un groupe de jazz, un ancien guitariste vient donner un coup de main au saxophone, et le personnel est largement interchangeable, voire instable. Tellement bien que Robert Smith fait tout, et joue de tout : flûte, clavier, guitare, basse, violon, tout cela entre une séance d'enregistrement avec les Banshees de Siouxsie, et des après-midi défonce dans le canapé de Steven Severin. L'album semble contenir un trop plein d'activités et de créativité : 10 chansons, 10 styles différents, qui finalement ne reprennent que très peu des ambiances passées et plombées(Shake dog shake) et ne pioche pas encore dans le futur répertoire pop. Au lieu de ça, imaginez un patchwork de textes ésotériques, psychédéliques, de chansons bariolées, volontairement bancales, violentes, enfantines. Ce disque est une vraie curiosité, et a beaucoup mieux vieilli que d'autres albums qui sortiront par la suite. D'ailleurs, le dernier en date ("The Cure", 2004) lui doit énormément, 20 ans après.
Ce disque, à peu près unique en son genre, n'est jamais cité comme une référence, semble avoir été oublié par le groupe lui-même (à part Shake dog shake, aucune de ces chansons n'a été jouée en concert depuis 1989). Qui va donc un jour réhabiliter ce grand disque inclassable, régulièrement délaissé par les chroniques, injustement oublié même par les fans ?