Pour des raisons historiques, il était clair que la série de Showtime ne pourrait pas conserver le même caractère sulfureux après la disparition d'Anne Boleyn. Les deux premières saisons étaient surtout axées sur la relation d'Anne Boleyn et d'Henri VIII. Les intrigues politiques passaient au second plan. Et il faut bien reconnaître que le résultat était assez convainquant, le scénario étant servi par un casting talentueux (Jonathan Rhys Myers, Natalie Dormer) qui donnait vie à des personnages glamours, passionnés et fougueux.
Malheureusement, il faut se faire une raison. Après la mort d'Anne Boleyn, le scénariste est forcé de donner un autre ton à la série. Finis le glamour, le jeu de la séduction ou les coucheries. Place au politique et aux personnages secondaires. Pour un résultat qui, s'il n'est pas mauvais, ne plaira pas forcément à tous.
Quant à l'Histoire, celle-ci reste clairement un prétexte pour nous peindre une grande fresque dramatique. D'ailleurs, le simple fait de nous montrer un roi charismatique qui ne vieillit pas et ne grossit est assez symptomatique de la liberté que la série prend avec l'Histoire.
N.B. : La suite de ce commentaire est susceptible de faire référence à des faits que certains pourraient considérer comme des SPOLIERS. Étant donné leur nature historique, ces révélations n'ont rien de franchement exceptionnelles... Mais je préfère vous mettre en garde tout de même.
Bien sûr, le scénario tourne toujours autour des mariages d'Henri. Ici avec Jane Seymour et Anne de Clèves. Et je reconnais volontiers que le casting nous propose toujours des actrices fort séduisantes.
Seulement voilà : ce qui se passe dans le lit du Roi n'est plus vraiment la seule priorité de la série. Et hormis quelques rares scènes avec la jolie Lady Misseldon, les scènes allongées seront surtout l'occasion de vous montrer l'ulcère purulent et nausébond (miam !) qui fait bien souffrir le Roi.
A présent, les intrigues politiques et les personnages secondaires occupent une place un peu plus importante. Du coup, la saison développe une ambiance beaucoup plus sombre. D'ailleurs, jetez simplement un coup d'½il à la jaquette du DVD et sur les gros nuages au-dessus de la tête de nos héros.
Les quatre premiers épisodes qui traitent du "Pèlerinage de la Grâce" sont assez représentatifs de cette sombre ambiance. Pour rappel, les excès de zèle réformateurs ont été à l'origine de cette révolte, la plus grave du règne, puisqu'elle a rassemblé plus de 20 000 pèlerins contre les conseillers du Roi. Cette crise sera résolue plus par la ruse et la duplicité que par la force des armes, et ce n'est probablement pas la plus belle page du règne d'Henri VII, ni la plus glorieuse.
A noter que cette période sera l'occasion de donner une plus grande importance au duc de Suffolk. Et s'il ne permettra pas au personnage de monter dans votre estime, il permettra de donner un peu plus d'épaisseur au conseiller bellâtre.
On pourra faire le même constat avec Henri VIII. Là aussi on tente de lui donner un peu plus de maturité et de profondeur. L'épisode du "Sans pareil" tente ainsi de montrer le chagrin et la "déprime" du Roi après la mort de sa troisième épouse. Une tentative certes louable et cohérente... mais qui n'empêche pas le spectateur de bailler devant son écran pendant tout l'épisode.
A propos, notons également que la saison ne compte que 8 épisodes au lieu de 10. Dont 1 profondément soporifique donc...
L'un des points forts de cette saison reste la lente chute de Thomas Cromwell. D'une part, parce que tous les évènements de cette troisième saison semblent conduire le personnage à une issue fatale et d'autre part, parce que l'interprétation de James Frain est irréprochable.
Au final, bien que j'aie apprécié cette troisième saison et le changement de ton qui la caractérise, je reconnais le niveau de cette saison est un peu deça des précédentes. C'est surtout au niveau du scénario, puisque les décors, les costumes, la musique, le casting... tout le reste donc est de la même qualité qu'avant.