Il existe encore très peu de livres disponibles en français sur la Corée en général, et sur son histoire en particulier. L'anglais de Don Oberdorfer demeure cependant accessible.
L'auteur concentre son attention sur l'histoire diplomatique des deux Corées depuis le début des années 70, date où eurent lieu les premiers échanges, jusqu'à la fin de la présidence de Clinton(2000) quelques mois seulement après que se soit tenu le sommet historique entre les deux Kim(c'est à dire au moment même où Kim Dae-jun se voit décerner le prix Nobel de la paix). En choisissant d'articuler son récit sur certains évènements charnière, Oberdorfer permet au lecteur non spécialiste de comprendre le déroulement de cette relation. En tant que journaliste du Washington Post correspondant en Asie du nord-est, il a eu l'occasion de rencontrer régulièrement les principaux protagonistes. Il n'hésite pas à l'occasion à décrire ses personnages de manière vivante, journalistique. C'est particulièrement appréciable lorsqu'il s'agit de dirigeants ou diplomates coréens inconnus: ses anecdotes biographiques nous aident à identifier chacun. Ces précisions ne sont pas gratuites car la personnalité d'un dirigeant occupe une place essentielle dans la vie d'un état autoritaire(au sud jusqu'en 1987) ou totalitaire(au nord). Si sa connaissance poussée des acteurs et du jeu diplomatique qui se déroule à l'écart du grand public donne une agréable impression de proximité, il arrive aussi qu'on se sente un peu perdu quand il prend le parti de détailler plus longuement certaines négociations complexes. Du fait de la pratique journalistique de son auteur, l'ouvrage reste très vivant: assassinat sauvage, à la matraque, de GIs américains à Panmunjon; meutre du président Park Chung-hee; massacre de Kwangju; péripéties du futur prix Nobel... Surtout, on découvre ce régime capricieux, "ubuesque" dit-on souvent, dont on a souvent prédit la chute. Malgré la famine qui dure depuis une décennie, la Corée du Nord tient encore debout.
Une dernière remarque enfin qui fera peut-être sourire les lecteurs français: la France n'occuperait aucune place dans l'histoire de ces pays s'il n'était fait mention de la coopération nucléaire engagée avec la Corée du Sud, vers la fin des années 70. Alors que les titres du moindre intermédiaire diplomatique, même obscur, sont minutieusement rapportés tout au long du livre, il est alors fait mention du "premier ministre" Valery Giscard d'Estaing...