Ce serait peut-être celui-là, le meilleur disque de rock jamais gravé depuis 50 ans. Au pire un des dix plus grands albums de tous les temps.
Tout a été dit sur ce disque mythique et des dizaines de feuillets ne suffiraient pas à retranscrire l'impact historique, musical, social charrié depuis 1967 par ces onze morceaux.
Alors, en vrac, citons le contexte, la Factory d'Andy Warhol responsable du « projet » et de la plus fantastique pochette (cette banane qui se pelait réellement dans le vinyle original) ayant jamais servi à envelopper un 33 tours. Un mot sur les musiciens, Lou Reed poète juif new-yorkais homo et junkie de 25 ans, John Cale violoniste gallois de musique contemporaine, Maureen Tucker batteuse minimaliste et debout, Sterling Morrison guitariste bruitiste, et Nico mannequin-actrice-déniaiseuse de rock stars-chanteuse dont la voix d'outre-tombe immortalise les morceaux qu'elle interprète.
Le meilleur, c'est quand même les morceaux (paroles et musique). Jusque là, le rock'n'roll n'était que musiques d'origine campagnarde (blues, country, folk, hillbilly), parlant de filles ou de bagnoles (l'exception Dylan confirmant la règle). « Velvet & Nico » est le premier disque de rock vraiment urbain, agressif et violent et les textes de Lou Reed parlent de putes, de sexe « déviant », de dealers et de dope comme personne ne l'avait encore jamais fait, le tout enrobé par une musique minimaliste, simple, dissonante et bruyante. Le « bruit blanc » celui qui allait générer des troupes de Television, Sonic Youth, Jesus & Mary Chain, il vient de ce disque et de nul autre.
Une anecdote (parmi des milliers entourant ce disque) : on a souvent parlé de « Velvet Underground & Nico » comme de l'anti « Sgt. Peppers' ». Dans ce dernier, Lennon évoquait selon certains la prise d'acides (la chanson « Lucy in the Sky with Diamonds » aux lysergiques initiales), selon d'autres cette même chanson serait un développement poétique autour d'un dessin fait par son fils Julian. Avec le Velvet, tout est clair : « Heroin » ne laisse aucun mystère sur ce dont il est question.
Le Velvet a perdu à chacun de ses trois disques studio suivants un membre capital (tout d'abord Nico, puis John Cale et enfin Lou Reed), sans que cela nuise à la qualité finale du résultat. Aucun ne réussira cependant à approcher la vénéneuse pureté de celui-ci.