Dans toutes les anthologies rock, chacun s'accorde à considérer le premier album du Velvet Underground (la banane d'Andy Warhol) comme son chef-d'oeuvre. On ne peut pas leur donner tort: ce disque contient leur titre le plus emblématique (Heroin), leur rock le plus incendiaire (I'm waiting for the man), leur chanson la plus parfaite (Venus in furs). Pourtant, si l'on devient un peu objectif, on pourra y relever par endroits du rythm n'blues banal piqué aux Who (Run run run), de la guimauve un peu sirupeuse (Sunday morning), un morceau expérimental assez pénible (European son), qui préfigure leur second album de 1968, le radical "White light, white heat". Et puis, il faut l'admettre, la voix de Nico... Bof, bof...
En revanche, ce troisième album (que les fans appellent celui du canapé), publié en 1969, n'est pas loin de la perfection. La production est plus soft, plus raffinée, plus homogène, mais au service de meilleures compositions que sur "Loaded", leur dernier album un peu insipide qui marquera la fin du groupe. Ici, on retrouve les rocks incendiaires, avec l'énorme "Begining to see the light" et le rouleau compresseur "Some kinda love", mais aussi des ballades à tomber par terre: "Candy says" (magnifiquement chantée par Doug Yule, nouveau membre du groupe), "Jesus" (gentiment pompée par Voulzy) et surtout "Pale blue eyes", LA plus belle chanson jamais écrite par Lou Reed. Ailleurs, on entend avec plaisir la "batteuse" Moe Tucker interpréter "Afterhours", sucrerie faussement naive qui deviendra un classique du groupe. Enfin, "The murder mystery", morceau de bravoure de plus de huit minutes, apporte la preuve qu'expérimentation peut rimer avec chef-d'oeuvre. Un album à découvrir absolument, le plus indispensable de ce groupe mythique, l'autre étant le fameux disque à la banane.