Rendant compte du disque précédent de Carolin Widmann
Boulez/Sciarrino/Ysaye/Widmann, j'avais émis le v½u qu'il nous soit donné de l'entendre dans autre chose que le répertoire contemporain. C'est chose faite ici avec les trois sonates tardives de Robert Schumann. Le résultat est marquant, comme espéré. Dès le premier mouvement de la Première Sonate, la phrase respire naturellement, la sonorité est profonde et généreuse, le climat est créé en quelques mesures. J'ai comparé avec l''estimable duo Beikircher-Koehlen
Schumann: Violin Sonatas : ce n'est pas du tout pareil. Il y a chez la violoniste allemande un sérieux du propos (je le dis dans le bon sens), une présence et un engagement qui retiennent l'attention dans un univers d'interprètes impeccables et si souvent impersonnels. Je ne sais pas si elle peut réciter du Eichendorff ou du Heine, mais elle joue Schumann comme si elle avait à la fois une grande familiarité avec son univers poétique et une idée bien arrêtée des raisons pour lesquelles cette musique nous parle aujourd'hui. Le partenariat avec le pianiste Dénes Varjon est naturel. Me comble le mélange de douceur dans les inflexions des phrases lyriques et de tranchant dans les moments animés aux figures répétées obsessionnellement. Ces sonates étranges, anti-chefs d'oeuvres où l'inspiration la plus rare côtoie des passages qui semblent tourner à vide exigent la plus grande imagination, présente ici.
Vous en connaissez beaucoup, vous, des instrumentistes qui passent de Salvatore Sciarrino à Robert Schumann avec un égal bonheur ?