"The Warded Man" est le nom donné à l'édition américaine, pendante de l'édition anglaise se nommant
The Painted Man. Peter V. Brett. Et c'est le premier tome d'une série complétée par
The Desert Spear.
"The Warded Man" est de la fantasy classique avec une jolie fille et un héros intelligent, d'une force surhumaine, qui s'allient pour sauver l'humanité. Lectrices féminines, ne fuyez pas, ce n'est pas de l'action à gogo, l'auteur accorde une place de première choix à ses personnages principaux et à leur crédibilité. Et cela passe par beaucoup de scènes de la vie quotidienne. Il y a même quelques belles histoires d'amour. L'auteur n'y va pas par de grands sabots, il prend le temps (et on le savoure) de faire évoluer ses personnages et s'attarde beaucoup sur leur psychologie. Les deux protagonistes principaux sont excellement réussis (tout comme les "méchants" d'ailleurs). Il est à la fois très facile de s'identifier aux héros dans leurs moments de faiblesse et dans les scènes les plus intimes, et il est très facile de les aimer.
Ne vous fiez pas aux premiers 10% du livre (si vous êtes en Kindle) ou aux 50 à 100 premières pages (si vous êtes en livre traditionnel). Le début est poussif, très classique et sans beaucoup de rythme. On y voit l'enfance d'un petit villageois, Alden, rêvant de grandes aventures, luttant pour la survie de sa mère pendant que son père fait preuve d'une lâcheté impressionnante. Accrochez-vous, la suite vaut le coup.
Les 70% suivants sont un roman d'apprentissage classique entre trois personnages évoluant parallèlement.
Nous avons Alden, intelligent, débrouillard, curieux et travailleur. Et qui a un don pour dessiner les "ward" éloignant les démons des humains. En effet nous sommes dans un monde où l'espèce humaine, depuis 300 ans, est menacée par les démons surgissant la nuit pour dévorer les humains (à nouveau, après une victoire bien avant des humains sur les démons et l'avènement de la Science). Alden, ayant fui un père veule et sans guère de scrupules, va être élevé par un Messager au grand coeur et va absorder toutes les connaisssances à sa disposition.
Nous avons ensuite Leesha, intelligente elle aussi, trop belle pour sa tranquilité, dotée d'une mère haïssable (l'auteur aurait-il eu des problèmes avec ses parents?) et qui cherche sa place dans un monde où les femmes sont là pour engendrer le plus d'enfants possible, les démons réduisant rapidement la population humaine.
Enfin nous avons Rojer, évoqué beaucoup plus brièvement (et c'est heureux, enfin pour moi, car j'ai trouvé ses aventures beaucoup moins intéressantes et j'ai lu quelques uns des paragraphes qui lui étaient consacrés un peu en diagonale je dois l'avouer). Rojer est un Jongleur, une des professions les plus reconnues et sans doute la plus populaire.
Le reste du roman, où les trois protagonistes se rencontrent enfin, une fois leur apprentissage initial réalisé, est de l'action dévorante, héroïque, herculéenne, qui fracasse tout sur son passage. Bref, follement divertissant, un bon défouloir pour qui aime le genre. Une sorte de Matrix mâtinée de Conan le Barbare, avec de l'amour pour couronner le tout (certes, si vous n'appréciez ni Matrix ni Conan le Barbare, je doute que ce livre soit fait pour vous, la couverture est pour une fois très explicite).
Les points faibles.
Il y en a quelques uns. Hélas comme dans la plupart des romans de fantasy "classique", le lecteur n'échappe pas à la scène de viol (bien gratinée évidemment) de la belle et innocente jeune femme. Ras le bol (même si l'auteur n'entre pas dans les détails).
Les autres commentateurs soulignent aussi un problème de crédibilité vis-à-vis du système de protection envers les démons, qui ne semble pas avoir progressé depuis 300 ans. Cela ne m'a pas trop choqué, après tout au Moyen-Age face à d'autres démons (la peste et autres joyeusetés), je ne crois pas que le comportement ait beaucoup évolué. Il y a aussi le problème de logique des démons qui dévorent tout sur leur passage et qui, au bout de 300 ans, auraient déjà dû avoir quasiment nettoyé toute la planète de ses mamifères, hommes compris. Sans ce commentaire, je ne sais pas, honnêtement, si je l'aurais vu (même si, du coup, une citation d'un personnage a pris tout son sens!). Je maintiens néanmoins les 5 étoiles car j'ai pris un énorme plaisir à cette lecture hautement divertissante.
(lu en anglais)