Gore Verbinski, avant de connaître le succès avec deux épisodes de PIRATES DES CARAIBES, s'était illustré dans la grosse production musclée, avec LE MEXICAIN (une daube) et un remake de THE RING, fable horrifique. En 2005 il sort ce petit film, THE WEATHER MAN avec à l'affiche les excellents Nicolas Cage et Michael Caine. Les autres commentateurs font la comparaison avec AMERICAN BEAUTY, et je leur donne raison, avec cependant une différence de taille. Le film de Sam Mendès a cumulé de par le monde les récompenses, dont 5 oscars. Le film de Gore Verbinski, lui, a fait un flop total, la recette mondiale engrangée étant inférieure au budget du film, ce qui à Hollywood est considéré comme un crime. Verbinski aurait dû logiquement être passé par les armes...
L'histoire est celle de David Spritz (Nicolas Cage) obscur présentateur météo sur une chaine locale de Chicago, qui voit sa vie partir en vrille. Ce type accumule toutes les déconvenues. Il se prend dans la tronche des verres de soda, des hamburgers, lancés par des téléspectateurs qui le reconnaissent dans la rue, mécontent du temps qu'il fait ! Il est divorcé, mais s'accroche à l'espoir de reconquérir sa femme (merveilleuse scène de la thérapie !). Sa fille de 13 ans, disgracieuse, est la risée de l'école (je vous laisse découvrir la signification de son surnom « pied de chameau »...), son fils de 15 ans hérite d'un tuteur pédophile, et son père se meurt d'un cancer... n'en jetez plus ! Tout ce que Spritz entreprend est un foirage total. On retiendra le discours qu'il tente de faire en hommage à son père, devant un micro, victime d'une panne de courant dès la seconde phrase... Cette malchance confine au grand art !
La réussite du film tient dans le ton. Gore Verbinski ne s'apitoie pas sur son héros. Il l'accompagne, le supporte, il l'aime, il le défend. Le spectateur est du côté du héros. On aimerait que ça marche, car David Spritz fait tout pour ça. Et puis plusieurs scènes sont empruntes d'irréalité, d'étrangeté, voire d'angoisse. Comme celle-ci : Spritz fait du tir à l'arc. Il envoie ses flèches dans un arbre, dans le jardin de son père, quand le second mari de son ex-femme sort fumer une cigarette. Et se retrouve dans la ligne de mire. Envie de meurtre. Spritz bande son arc, vise le type, sans se rendre compte que 10 témoins sont là, dont son père. Et il passe encore pour un déséquilibré. Scène à la fois drôle, pathétique, mais finalement tragique. Ce qui est terrible dans ce film, c'est le regard que portent les autres personnages sur David. Il y a aussi cette scène dans un hôtel de New York, où David se saoule, et voit passer devant sa fenêtre du 20ème étage un Bob l'Eponge géant... Les images de ce film sont remarquablement façonnées, parfaitement cadrées, avec un travail superbe du directeur photo, qui nous offre des plans magnifiques sous la neige, dans la brume.
THE WEATHER MAN est un joli film, une comédie dramatique désenchantée, centrée autour du doute, de l'hésitation, de la défaite, de l'échec, de la remise en cause. Des valeurs généralement rejetées dans le cinéma hollywoodien, ce qui explique pourquoi les spectateurs se sont détournés de ce film. Nicolas Cage traine son regard de chien battu avec talent, Michael Caine est fidèle à lui-même, et on notera dans le rôle du fils, l'acteur Nicolhas Hoult, vu dans SIMPLE MAN et le série SKIN. Et on sera ravi d'entendre dans la bande son le titre « Like a roc » de Bob Seger, au court d'une scène poignante entre David et son père.