Bon, faisons le point. En 2011, Wilco est un groupe bien établi en Amérique du Nord et en Europe - sauf ... en France -. Entre tournées sold-out dans des salles de tailles plus que respectables - ... sauf en France - et albums plébiscités par la presse - même en France -, la PME Wilco fonctionne à merveille et crée son propre label, voire aussi le site web du groupe très actif. Wilco se paie la couv de RollingStone ... en Allemagne, et a droit à une heure de Live dans le show Letterman sur CBS. - une heure de bonheur. Bref le fan de base, moi, est aux anges.
Combien de groupes prometteurs de leur génération qui vivotent et surveillent les fins de mois, Teenage Fanclub, Lemonheads, Jayhawks, Dinosaur Jr, Posies, Eels, ...Donc la réussite de Wilco,c'est que du bonheur ...
Pourtant, depuis l'album précédent, on pressent que Wilco commence a ronronner... A l'instar des RHCP, radiohead ou Pearl Jam, on se dit que les sommets discographiques appartiennent désormais au passé. c'est le sentiment général ici. L'album est super, mais ce n'est pas une claque,
ça ne change pas le cours des choses et de la musique.
J'en demande trop? Mais ce groupe, de Being There à Sky Blue Sky, nous a tellement chamboulé, émerveillé, comblé, que forcement on en attend le meilleur.
La barre serait-elle trop haute désormais?
A la grande époque, un nouveau Wilco nous plongeait direct au plus profond des mines de la Mauria - hum hum, ça, c'est une référence culturelle à la Steven Tyler - puis sans crier gare nous propulsait vers les cimes enneigés.
En fait, c'est comme passé des Beatles aux Wings - Atention, j'adoooore les Wings - , il n'y a plus de danger. Pour tout dire, jeff Tweedy n'est plus en danger, il a atteint son but. Il a le meilleur groupe de scène du monde de la terre, voire de l'univers. il a obtenu la reconnaissance en matérialisant ses démons par la musique. Sa voix reflète cette évolution, elle a perdu ce côté bougonnant et a gagné en assurance et en technique. Finalement, tous les gars de ce groupe ont l'air méchamment heureux. Quel vide ont-ils encore à combler à part celui du calendrier du groupe ?
Concrètement, prenons le premier morceau de cet Album "Almost". Ouaouh! ca commence comme un morceau de Bjork ! au bout de trente secondes, les rocks critiques professionnels prennent leur plus belle plume pour saluer le retour du grand Wilco de YHF après deux albums au son "classique rocks".
Pourtant "Almost" reste un exercice de style un peu vain dont la forme peine à masquer l'absence de fond. On est à des années lumières de "poor Places" , de "Sunken Treasure", de "Via chicago" - soupir de nostalgie.
Et puis on trouve encore trop de ballades évanescentes sur cet album, dont une absolument dispensable "rising red Lung". Et surtout, aucune n'atteint la grâce de "the lonely 1" ou de "What's the world got in store?" sur Being There.
ho, t'arrète de râler Superlinus! pourquoi t'as mis quatre étoiles alors ?
... Mais je l'ai déjà dit, j'adore les Wings, et j'adore Wilco.
Comme Mc Cartney, Jeff Tweedy est capable de nous pondre à souhait quelques mélodies imparables et en plus il a le goût et les moyens humains de les habiller d'arrangements toujours surprenants.
"I might" est revigorant et donne envie de danser comme un dingo en fin de soirée avec les pôtes."Dawned on Me" est une pépite pop pimpante avec pleins de dissonances bienvenues et Jeff de siffler en hochant de la tête. "Born Alone" est plus qu'une pépite, le morceau pop catchy qui vous accroche dés la première écoute et vous donne le frisson à la cinquième. S'il était joué par les très malins Coldplay, il inonderait vos ondes - ha ! fantasme de fan: Wilco populaire en Gaule - Et puis son final à la "I'm the walrus" emporte tout sur son passage. "Capitol City" justement, est un morceau de style cabaret comme les affectionne McCartney, rythmique à la "When I'm sixty four" avec bruitage d'époque. "Standing O" démarre comme "Outtaside" mais malheureusement ne tient pas ses promesses. "Whole love" -the song - débute sur les accords de "Feelin' groovy" de Simon et Garfunkel puis Jeff nous ressort sa voix de fausset qu'il affectionne tant dans ses prestations solos. Ce n'est que le premier rebondissement d'un morceau très riche. Un vrai travail d'orfevrerie.
Voila. Je ne suis pas toujours disponible pour la longue balade finale mais elle a toute ma sympathie car elle me rappelle un exercice similaire de Neil Young "Will to love" sur American Star's Bars.
Sur le disque Bonus pas grand chose à gratter, à part le morceau quasi soul "Message from the mid-bar" assez grandiose. Y figure également un long instrumental assez vain qui semble être totalement improvisé, assez psyché comme du Grateful dead. Et soudain je me dis que l'avenir de Wilco est peut-être maintenant bien plus sur scène que sur disque, comme le dead dans les seventies. D'ailleurs je vous quitte pour aller à San Sebastian puisque Wilco s'y produit bientôt pour sa tournée qui couvre toute l'Europe, sauf la France !