Cet album confirme le changement de stature de Sleater-Kinney : autrefois sympathique combo punk, aujourd’hui immense groupe. The Woods est supersonique de bout en bout, oppressant et exigeant, une intense expérience sonore, éprouvante et jouissive. Dès l’introduction de The Fox, premier morceau choc, le ton est donné : guitares saturées et affûtées, batterie apocalyptique, voix assurée et haut perchée. Des sommets sont déjà atteints, l’intégralité du disque se jouera sur les crêtes, entres crevasses escarpées et pics vertigineux. Les guitares s’entrecroisent savamment, la complicité est sans faille et les filles se permettent toutes les libertés : digressions bruitistes dignes du meilleur Sonic Youth, morceau de bravoure de 9 minutes, solos de guitare déstructurés, bombinette pop (‘Jumpers’), chanson traditionnelle (‘Modern Girl’), tube interplanétaire (‘Entertain’), avec une rage et une envie hallucinantes après 10 ans de carrière. Rien à jeter, tout à admirer.
Les voix stridentes en agaceront probablement plus d’un, d’autres seront probablement déroutés, ceux qui restent se délecteront de ce chef d’œuvre sonique, œuvre d’un groupe immensément talentueux enfin parvenu au sommet de son art.