Voici l'un des albums les plus controversés d'Iron Maiden. Sorti deux ans après le départ du chanteur Bruce Dickinson, à une époque où le heavy-métal traditionnel marquait terriblement le pas dans les charts suite à la déferlante du grunge (sans oublier les journalistes qui tiraient presque à boulets rouge sur cette musique soudain devenue "uncool"), "The X Factor" n'a pas laissé un souvenir impérissable. Blaze Bailey, chanteur anglais quasi-inconnu du grand public, prenait le relais de "Air Raid Siren", créant une certaine expectative de la part des fans, pas mal déboussolés depuis "No Prayer For The Dying", artistiquement parlant. Maiden, en peu d'années, a perdu pas mal de ventes, suite à deux albums d'un bon niveau, mais pas assez sophistiqués, et trop en marge de ce qu'attendent les fans (malgré tout, "Fear Of The Dark" a obtenu un disque d'or en France).
Sans apparaître dans l'indifférence générale (mais presque), "The X Factor" va devenir un album oublié, méprisé, alors qu'il ne mérite pas ce sort. Il contient certaines compositions de premier ordre, "The Sign Of The Cross" et le single "Man On The Edge", ainsi que d'autres plutôt agréables comme "Blood On The World's Hands" ou bien "Look For The Truth". Mais le temps passant, les fans vieillissant, les modes se faisant et se défaisant, les médias changeant, "The X Factor" va passer à la trappe comme un mauvais souvenir...
Il faut dire que c'est également le disque le plus austère et sombre de la discographie du groupe. Production sèche, visuel macabre (mais de toute beauté), photos sombres... Comme si Maiden savait que la traversée du désert débutait et que, pour marquer le coup, il fallait ternir l'image du groupe, la rendre plus mystérieuse, plus effrayante. Derek Riggs, déjà évincé de "Fear Of The Dark" (trois artistes, lui compris, devaient donner leur vision d'Eddie, mais ce fut Melvyn Grant qui gagna), est à nouveau écarté. Pas de peinture cette fois-ci mais une incarnation "live" d'Eddie réalisée par Hugh Syme, auteur de nombreuses pochettes pour Rush, def leppard, Megadeth ou bien Dream theater.
Débutant par des chants de moines, "The Sign Of The Cross" reste la composition la plus forte de ce disque, mais aussi la plus longue, dépassant les onze minutes, rappelant le glorieux passé de "The Rime Of The Ancient Mariner" ("Powerslave", 1984)qui frisait les quatorze minutes! Ce nouveau titre à tiroir, fourmillant d'idées, débutant tel "Alexander The Great" ("Somewhere In Time", 1986), est une merveille artistique et technique. Le groupe est à l'unisson, tout semble parfait et Blaze Bailey, au timbre de voix plus bas, plus rauque, donne le change. La production n'est pas sans rappeler "Piece Of Mind", froide, tout comme la musique de l'album, mais Steve Harris, principal compositeur du groupe, traverse à l'époque une période difficile entre son divorce et le décès de son père, ceci expliquant peut-être cela. Toujours est-il que "The X Factor" débute sous les meilleures auspices tant "The Sign Of The Cross" est une composition efficace, avec ses multiples changements de rythmes, et sa durée n'est pas un inconvénient au plaisir procuré par l'écoute.
"Lord Of the Flies", second titre et futur second single, est un titre nettement plus court, qui va à l'essentiel. Possédant un certain rythme, avec un phrasé accrocheur, cette chanson n'est pas désagréable, mais n'est pas un hymne comme Maiden sait les faire. Le plus gros bémol tient en Blaze Bailey qui commence à trainer la patte. Ne possédant pas l'étendue vocale de Bruce Dickinson, il tente de dissimuler ses faiblesses avec ses atouts. Un choix judicieux, mais qui ne masque pas la réalité : Bailey aura bien du mal à relever le défi de remplacer LE chanteur d'Iron Maiden!
Troisième composition et premier single, "Man On The Edge" est un titre très accrocheur, très rythmé, co-écrit par le guitariste Janick Gers et Blaze Bailey. Inspirée du film "Chute Libre" avec Michael Douglas ("Man On The Edge" en version originale), cette chanson faisait office d'introduction pour l'album à la radio. Titre particulièrement convaincant, et surtout rassurant, "Man On The Edge" est définitivement un classique de cette époque qui ne vieillit pas, qui respire l'envie de se faire plaisir en faisant plaisir. Avec une chanson de ce calibre, Maiden ne pouvait que séduire, surtout que Blaze y apparaissait en belle forme.
"Fortunes Of War" annonce le terrain pour tout le reste de l'album : accords en cordes claires puis titre mid-tempo très rythmique où Blaze Bailey est à la peine. Un break étrange avant la rythmique pure est même présent, allongeant inutilement la chanson (7'25), tandis que la partie solo rappelle le vieux Maiden avec des "who-ho" de Blaze du meilleur effet. Le côté sombre de l'album commence à ressortir légèrement.
"Look For The Truth" semble débuter avec les mêmes notes que la chanson précédente, et de la même manière! Pourtant, cette chanson est plus efficace, peut-être à cause de sa durée plus concise (5'10) ou parce que le timbre de Blaze convient davantage à ce titre. "Look For The Truth" est donc un morceau très honorable.
"The Aftermath" débute également en son clair avec des accords de guitare, mais le ton est nettement plus sombre que pour les titres précédents. Puis vient un riff mid-tempo... Troisième chanson d'affilée sur le même tempo et la même ambiance! La musique reprend de l'entrain sur le solo avec une accélération notable du rythme mais "The Aftermath", tout en étant caractéristique de l'album, n'est pas une chanson d'une qualité inoubliable.
"Judgement Of Heaven", titre plus court composé par Steve Harris démarre par une ligne de basse qui pourra rappeler "The Clairvoyant ("Seventh Son Of A Seventh Son", 1988), "From Here To Eternity" ("Fear Of The Dark", 1992) et même "Reach Out", une reprise en face B du single "Wasted Years" en 1986. Plus appuyé que les trois chansons précédentes, ce titre n'est pas sans qualités, mais ne révolutionne pas son monde. On notera la présence de quelques nappes de claviers en soutien et son rythme plus enlevé fait ressortir "Judgement Of Heaven" du lot, après trois chansons plus molles, ayant créées une légère torpeur.
"Blood In The World's Hands" débute par un Steve Harris s'amusant sur sa basse durant plus d'une minute de manière plutôt inutile, malgré deux courts passages typiquement Maiden. La chanson proprement dite débute à 1'15 mais est un mid-tempo très appuyé plutôt sombre où Blaze frôle la fausse note sur le refrain alors qu'il s'en tire plutôt bien sur le reste du titre. Plutôt expérimental dans la forme, "Blood On the World's Hands" me pose toujours un problème : joyau ou bizarrerie? Les claviers sont toujours présents et Nicko McBrain martèle son kit de batterie au rythme de la découpe de la composition. Titre plutôt froid avec une rythmique lourde, "Blood On The World's Hands" a été joué durant la tournée "X Factor" et doit donc posséder plus de qualités que je ne lui en trouve.
"The Edge Of Darkness" nous refait le coup de la composition débutant calmement (sur des bruits d'hélicoptère) avant une rythmique très appuyée à la batterie, évoquant la chanson précédente avant un passage à 3'00 plus rapide où les guitares sont à l'unisson pour dévoiler un moment plus Maiden que le début du titre. Pourtant, au cinquième morceau du genre sur le même album, on se dit que le groupe aurait pu varier les plaisirs, en sachant que trois chansons inédites finirent en face B de "Man The Edge", dont le plus rythmé "Justice Of the Peace" (durée raisonnable de 3'25 et seule chanson où le guitariste Dave Murray est crédité à l'écriture pour l'ensemble des quatorze chansons enregistrées), et surtout moins expérimental (malgré un style musical totalement en adéquation avec le reste de l'album), le racé "Judgement Day" ou bien le rare "I Live My Way", uniquement paru sur un maxi 45 tours. Plus rapides, dans le giron sonore de "The X Factor", ces chansons auraient peut-être fait pencher la balance autrement au final si elles avaient été mises en avant plutôt que des compositions fonctionnant sur le même principe et au même rythme!
"2 A.M." débute encore avec des cordes de guitare claires pour voir un riff costaud mais très mid-tempo débarquer. La sixième chanson fonctionnant sur ce principe pour "The X Factor"... On sent l'endormissement pointer, d'autant plus que Blaze ne parvient pas à séduire. Sans être un mauvais titre, "2 A.M." souffre de la concurrence et de la surdose de ce genre de chansons sur l'album.
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