Le film m'a beaucoup plu pour deux raisons:
-la première est que j'avais lu le livre de Schlink avant et que l'adaptation ne m'a pas paru plus plate, moins magistrale, moins palpitante que l'oeuvre originale. J'ai au contraire trouvé des réponses à certains questionnement restés en suspens. Le film propose l'approfondissement de quelques passages elliptiques dans le roman. En un mot, il le complète, tout en gardant une fidélité à la source. Kate Winslet est admirable dans le rôle de cette femme ambiguë: machine de guerre qui exécute les ordres à la perfection et femme aimante, chaleureuse et sensuelle avec son amant-même si elle reste très pudique sur ses sentiments-. L'histoire d'amour n'est pas banale,c 'est pourquoi également, on est pris en haleine et que les images restent longtemps après, dans la psyché. On a du mal à délimiter les frontières de l'amour, de la haine ou de l'indifférence, chez ce personnage presque impénétrable de femme.
-la seconde est que le film pose certaines questions (au même titre que le livre) et ne propose aucune réponse tranchée. La complexité de la situation reste intacte, même après le procès. Pourquoi cette femme en apparence normale sombre-t-elle dans l'extrémisme nazi? A-t-elle les moyens d'y échapper? Si elle n'avait pas été analphabète aurait-elle été différente? Comment peut-on être à la fois si attachante, déchaîner une telle passion et tuer sans vergogne des milliers de gens, en refusant de les libérer, lors d'un incendie, car on est une gardienne obéissante et consciencieuse? Elle est aussi une prisonnière exemplaire qui a soif de savoir, qui aime les histoires, sans pouvoir y accèder de façon autonome. Comment expliquer ce personnage complexe? Est-elle bonne ou mauvaise? Le jugement ne dépend-il pas des circonstances?
"The reader", "Le liseur", un beau titre pour parler de moments passés ensemble, où ce jeune homme, passionné de lecture,cultivé, atypique, lit à la femme qu'il aime les grands classiques de la littérature mondiale, comme un prémice au jaillissement de l'érotisme.
En somme, un film poignant.