Faut-il y aller à son tour d'un commentaire sur "The Tree of Life", le cinquième film et à bien des égards le "magnum opus" de Terrence Malick? J'ai jusqu'à présent été réticent à le faire, et je le suis toujours, en tout cas si un commentaire doit être là pour donner une interprétation du film ou prendre position, de façon tranchée, dans un débat pour / contre. L'un comme l'autre ne m'intéressant guère, je me lance, en faisant quelques constatations d'ordre général et personnel avant de commenter l'édition proposée par EuropaCorp, objet ultime de ma contribution.
1) Je rends grâce - c'est le mot qui convient lorsqu'on parle de ce film... - à tous ceux qui ont écrit des commentaires faisant preuve de quelque nuance. On n'est pas absolument obligé de tout prendre ou de tout laisser dans ce film, encore moins de se prosterner devant le chef-d'oeuvre du siècle ou de le rejeter violemment en criant à la daube intersidérale et boursouflée. Encore faut-il accepter au cinéma qu'une oeuvre soit hors normes, non calibrée. Ainsi qu'une logique qui ne soit pas uniquement celle du récit. Ce n'est pas que ce film n'ait pas de récit ou qu'il s'agisse d'un grand n'importe quoi, il y a bien une structure et une ligne de récit assez claire si l'on est sensible à une logique qui se dessine grâce à tous les moyens du cinéma, art audiovisuel et pas uniquement littéraire et/ou théâtral. C'est ce qu'a bien montré Luc B. dans son commentaire intitulé "Malick avec un M, comme métaphysique et minéral", qui se trouve sur
la page du dvd et avec lequel je suis à quelques détails près d'accord. J'ajouterai juste par rapport à lui que le film est dans son essence aussi fluide que minéral. Une logique sensorielle pour un art audiovisuel donc, qui recherche la fluidité mais ne craint pas pour autant les ruptures qui peuvent décontenancer le spectateur. On peut se laisser porter et décontenancer, voire se sentir décrocher - en particulier pendant la désormais fameuse partie "cosmique" - mais il est aussi possible de raccrocher et d'être captivé par ce qui suit. Cela a été mon cas et a fini par rejaillir sur la façon dont j'ai appréhendé le film dans son entier, même si j'ai failli à un moment me sentir exclu comme nombre de spectateurs (sans parler de ceux qui sont purement et simplement partis de la salle, sans autre forme de procès).
2) On peut sans problème être, comme c'est mon cas, un très grand admirateur des films précédents de Malick et avoir été quelque peu déçu par ce film. Tout en trouvant qu'il est à sa façon un aboutissement, tant il reprend et radicalise ce que Malick fait depuis au moins
La Ligne rouge. On peut le trouver porté par une folle ambition, sans pour autant penser que cette ambition donne ici un résultat complètement achevé. Plus que la prétention que d'aucuns prêtent à Malick, je crois que le film, certes imposant mais aussi fragile, pêche finalement par naïveté. A commencer par celle de croire que les images peuvent représenter la création de la vie. Tout en écrivant cela, il ne me viendrait pas à l'idée de reprocher à un cinéaste de croire aux pouvoirs illimités de la matière dont est fait son art. Il se trouve juste que, dans la partie cosmique comme dans la dernière partie, les images ne me semblent pas tout à fait à la hauteur... tout simplement parce qu'elles le peuvent difficilement. Et les arroser de Requiems, que ce soit celui de Preisner ou
celui de Berlioz, très sollicité, n'y change hélas pas grand-chose.
3) Au-delà de cette naïveté, le rapport de Malick au cadre, au mouvement, à la captation à la fois libre et élaborée des manifestations de la vie est admirable, pour peu qu'on soit sensible à ce dont je parlais plus haut et qu'on aime contempler ce genre de choses. Voir le film dans son entier, se laisser porter par son flux et envelopper par la façon dont les plans (et les sons, la musique, etc.) se succèdent et se répondent, est à mon sens la condition pour l'accepter au-delà de ses défauts réels ou supposés, voire de l'irritation qu'on aura ressentie à tel ou tel moment. C'est bien pour cette raison qu'il s'agit d'une oeuvre qui tient de l'expérience cinématographique, pas au sens où il faudrait le prendre comme un "trip" fumeux, ce qu'il n'est selon moi pas, mais parce qu'il sait capter autant qu'il met à l'épreuve les limites du spectateur (en tout cas de beaucoup d'entre eux). Je ne peux que souhaiter que, pour ceux qui n'ont pas tenté l'expérience en salle et le feront chez eux, la greffe prendra; mais quitte à me répéter, elle ne prend pas pour tout le monde, et pour un même spectateur, elle peut prendre à des moments et pas à d'autres sans que cela soit finalement très grave : il suffit de se laisser porter et d'accepter que tout dans une oeuvre aussi débordante ne soit pas à son goût.
EDITIONS DVD ET BLU-RAY
Comme EuropaCorp sort plusieurs éditions en même temps, je vais essayer d'être le plus clair possible sur ce qui est proposé dans chacune d'entre elles.
-Les éditions dvd (
The Tree of Life et
The Tree of Life - Edition limitée avec surétui) ont droit à un master de qualité, qui n'est pas nettement inférieur à celui du blu-ray. VF et VOSTF 5.1 rendant bien les variations d'intensité du son, très importantes dans ce film. Aucun supplément en revanche.
- L'édition blu-ray combo non collector (
The tree of life - Combo Blu-ray + DVD) propose un master de très bonne qualité, avec une définition et une restitution des couleurs à la hauteur, noirs et rouges inclus. Image très stable, mais quelques petites vibrations sont à noter. VF et VOSTF DTS-HD 5.1 qui m'a semblé excellente (mais je n'ai pas un équipement de pointe). En supplément, le making-of réalisé par le spécialiste du making-of professionnel et sans surprise, Laurent Bouzereau, qui est... professionnel et sans surprise! Avec la participation des proches collaborateurs de Malick et des acteurs principaux (et les admirateurs que sont David Fincher et Christopher Nolan), sans la participation du maître évidemment, plus que jamais invisible. D'une durée d'1h35 à en croire ce qui est noté ci-dessus, il ne dure en fait que 30'. Trois entretiens également au titre des suppléments : un avec le compositeur Alexandre Desplat (12'), dont la musique a été composée avant montage et dans laquelle Malick a puisé, mais on sait qu'il en a retenu finalement assez peu au regard des longs passages de musique pré-existante qu'il a utilisés. Reste que les propos de Desplat sur sa musique et sur son travail avec Malick sont pertinents ; un avec Yvonne Baby (18'), ancienne chef du service culture du Monde, qui a connu Malick quand il vivait à Paris : ce qu'elle dit est globalement intéressant, mais elle n'évite pas deux ou trois truismes et se mélange de temps à autre les pinceaux ; un avec le critique Michel Ciment (25'), qui définit avec talent le style de Malick et ses évolutions, et éclaire pas mal des références du dernier opus, même s'il va un peu trop vite sur certaines d'entre elles.
- L'édition blu-ray combo collector (
The Tree of Life - Edition Collector - Combo Blu-ray + DVD + Livre) reprend exactement tout ce qu'il y a dans l'édition précédente. Les seules différences tiennent au fourreau et aux beaux rabats cartonnés reprenant la mosaïque de l'affiche américaine, et à l'ajout d'un portfolio de 28 pages, pas même luxueux. Autant dire que la différence entre les deux éditions n'est pas essentielle, et que la différence de prix ne se justifie que très modérément. A vous de voir si vous souhaitez quelques photos en plus...
A noter qu'un livret reprenant de façon plus ramassée et plus complète les propos de Michel Ciment et d'Yvonne Baby est fourni avec les coffrets dvd et blu-ray disponibles dans une autre enseigne. Nettement plus intéressant et mieux conçu que le portfolio sans grand intérêt livré avec l'édition dite "collector". Dommage : la moindre des choses eût été qu'il se trouve dans cette édition-là aussi.