Therion, groupe de Death suédois va révolutionner le Metal avec la sortie de son quatrième album studio. Si l'on sentait déjà le groupe évoluer vers une musique un peu moins Death et avec de nombreuses influences depuis les deux albums précédents, "Symphony Masses Ho Drakon Ho Megas" et "Lepaca Kliffoth" (mais où vont-ils chercher des titres pareils?), avec "Theli", le pas est franchi.
Christofer Johnsson, le maître de cérémonie de l'oeuvre Therion, passionné de musique classique, avait envie depuis longtemps de mêler ses influences à la musique de son groupe. Le label lui donnant la possibilité d'exprimer ses ambitions, Johnsson va recruter une dizaine de chanteurs et chanteuses pour les choeurs, va s'offrir les services d'une chanteuse solo soprano et d'un chanteur solo basse/baryton et va également obtenir l'aide de Dan Swanö, leader de Edge of Sanity et producteur. Dan Swanö qui chante sur deux morceaux de cet album.
Therion est un groupe dont le line-up a pas mal changé au cours de sa carrière. A ce moment-là, Christofer est entouré de Lars Rosenberg à la basse (ex-Entombed), de Piotr Wawrzeniuk à la batterie et au chant et surtout, de Jonas Mellberg à la guitare, transfuge de chez Unanimated, et qui signe les musiques de deux titres dont le magnifique "Siren of the Woods".
Après une intro uniquement orchestrale qui donne le ton, on rentre tout de suite dans le vif du sujet avec l'un des joyaux du groupe, l'incontournable "To Mega Therion" (en hommage à l'album de Celtic Frost du même nom, grande influence de mister Johnsson). D'entrée, les choeurs se taillent la part du lion. Les lead vocals sont partagés entre Piotr et Christofer (qui chante encore à cette époque). Mais ce sont bel et bien les choeurs masculins et féminins, utilisés comme une véritable chorale, qui marquent tout de suite les esprits. Ajouté à cela des orchestrations importantes tout au long du morceau. Les cordes notamment sont omniprésentes. La partie Metal est là pour la rythmique presque exclusivement. Aucun groupe n'était jusqu'alors allé aussi loin dans le mélange des genres. Et ça fonctionne bien, très bien même.
Le morceau suivant, "Cults of the Shadow" voit l'arrivée au chant lead de Dan Swanö qui, avec sa voix profonde et claire, donne à ce morceau une couleur heavy. Du reste, le Death Metal des débuts est bien loin de toute façon. Orchestrations et instruments Metal se partagent toujours aussi habilement l'espace. Les choeurs sont toujours autant utilisés et aussi inspirés. Il ne fait plus aucun doute que ce sont eux les héros de cet opus. Therion ne fonctionnera plus jamais dans la configuration habituelle du Metal avec un seul chanteur attitré (ou même deux) mais bien plusieurs.
"In the Desert of Set" ne fait qu'enfoncer le clou. Les choeurs dominent le début de morceau, bientôt rejoints par le duo Johnsson / Wawrzeniuk. Piano et cordes se répondent sur la fin du morceau.
"Interludium", comme son nom l'indique, est un interlude instrumental avec choeurs avant d'attaquer deux morceaux dévastateurs : tout d'abord "Nightside of Eden" où l'on retrouve pour la seconde fois Dan Swanö au chant, un titre Heavy à souhait qui n'oublie pas d'accélérer le tempo dans sa partie finale. Puis "Invocation of Naamah", certainement le morceau le plus Death Metal de l'ensemble. Mais il garde un côté mélodique de premier ordre grâce aux envolées lyriques de la chorale et aux orchestrations (piano et cordes encore à l'honneur). Ces deux titres sont reliés par un autre instrumental avec choeurs, "Opus Eclipse".
Pour le dernier morceau chanté, "Siren of the Woods", ce sont deux chanteurs d'opéra qui sont à l'honneur, Anja Krenz et Axel Patz. Ce titre, tout en douceur, avec guitares acoustiques, est tout simplement sublime et magnifié par les chants masculin et féminin de très grande qualité qui se répondent. Et le solo de guitare sur la dernière partie est à tomber.
Enfin, l'outro, "Grand Finale", vient parachever l'oeuvre sur une touche grandiloquente.
Theli est un album majestueux, véritablement l'album qui a propulsé Therion hors des sentiers battus, sur la voie royale du Metal Opéra, orchestral, épique et symphonique. Le groupe devenant pour l'occasion le leader incontesté de ce style musical qu'il a créé. Un album que tous les amateurs du style se doivent de posséder, bien entendu.
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