Enregistré en octobre 1959 à San Francisco, pour le label Riverside, Thelonious alone in San Francisco fut le second album du maître en solitaire, après Thelonious Himself deux ans et demi plus tôt.
Le disque s'ouvre sur trois compositions personnelles :
« Blue Monk » est un petit régal de swing (on entend même le musicien chantonner et taper du pied sous les notes du piano) mais se termine brutalement sur des couleurs acides et tragiques, fin ouverte comme Monk savait en ménager.
« Ruby, my dear », immédiatement après, est éblouissant de simplicité et de touchante mélancolie...
Suit « Round Lights », un thème moins connu, effectivement discret ; avec à nouveau, une issue pleine de mystère...
Egalement au programme, une poignée de standards, entre autres « Everything happens to me » (qui sonne par moments, comme un faux-jumeau -un peu plus naif- de « Ruby, my dear ») ou « You Took the Words Right Out of my Heart », ballade douce-amère. Le méconnu « Remember » d'Irving Berlin est également réinventé magnifiquement.
L'album, plus varié que Thelonious Himself, devrait séduire les amateurs du genre. Les compositions de Monk, ramenées au strict minimum, sont sublimées par un dépouillement étrange mais charmeur, composante essentielle de la musique du pianiste.
On savoure tout particulièrement « Bluehawk », au thème ouvertement obsessionnel, l'inusable « Pannonica » ou encore « Reflections », une pépite (dont certains doivent connaitre la reprise magique qu'en fit Chick Corea, sur son disque Trio Music).
Un complément idéal à l'intégrale Columbia rassemblant les pièces enregistrées en solo par Monk pour le label.