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Biographie

En 1962, il y a au moins une chose qui réunit catholiques et protestants dans Belfast la déchirée : la musique. Dans toute l'Irlande du Nord, les Gamblers (ils ont vingt ans, ils sont beaux, et aiment l'électricité), ont donc tout l'air d'extraterrestres lorsqu'ils interprètent des standards du rhythm 'n' blues. Mais tout cela n'est pas bien grave : le chanteur et guitariste William (Billy) Harrison, Ronnie Millings et sa batterie, le bassiste Alan Henderson, et deux années plus tard, les claviers d'Erik Wrickson, et le jeune saxophoniste Van Morrisson, se réunissent surtout pour rendre un ... Lire la suite

En 1962, il y a au moins une chose qui réunit catholiques et protestants dans Belfast la déchirée : la musique. Dans toute l'Irlande du Nord, les Gamblers (ils ont vingt ans, ils sont beaux, et aiment l'électricité), ont donc tout l'air d'extraterrestres lorsqu'ils interprètent des standards du rhythm 'n' blues. Mais tout cela n'est pas bien grave : le chanteur et guitariste William (Billy) Harrison, Ronnie Millings et sa batterie, le bassiste Alan Henderson, et deux années plus tard, les claviers d'Erik Wrickson, et le jeune saxophoniste Van Morrisson, se réunissent surtout pour rendre un peu moins poisseuses ces interminables fins de semaine.

Eux, c'est Them

Très vite, Ivan Morrison (né le 31/8/1945 à Belfast) dit Van the Man endosse les multiples rôles de chanteur, compositeur, harmoniciste, saxophoniste, et relations publiques (il introduit le groupe auprès de plusieurs clubs de la ville, dont le Maritime, susceptibles de le faire jouer). Mais, assez curieusement, Billy Harrison reste - en leader incontesté - le seul capable de tempérer ceux qui apparaissent de prime abord comme d'authentiques caractériels. Face à la presse, les musiciens se montrent arrogants, agressifs, et s'expriment dans un sabir incompréhensible pour les journalistes. Van Morrison, alors adepte de la dive bouteille, hésite rarement à injurier le public. Les Them plaident une simple réaction à un sentiment anti-irlandais, mais savent aussi se montrer désagréables avec des journalistes compatriotes, et odieux avec les femmes.

Premiers concerts, premières gammes sur les classiques du genre (signés T. Bone Walker, Jimmy Reed ou Chuck Berry), premières jams interminables (où l'on commence à évoquer en trois accords, et parfois pendant près de vingt minutes, une certaine Gloria, les vêtements de Gloria - et sa capacité à les ôter - , et le plaisir que peut offrir Gloria) : tous acceptent la proposition d'Erik Wrickson, de sanctionner cette nouvelle ère par une nouvelle appellation, inspirée d'un film de science-fiction des années cinquante. Les Them sont nés.

En route pour la « Gloria »

Le phénomène du bouche à oreille (et un enregistrement pirate) attire l'attention du label Decca, qui propose contrat, manager, et musiciens de séances (afin de pallier les supposées carences techniques des membres du groupe - le guitariste Jimmy Page a ainsi traîné sa...guitare basse dans les studios où fut enregistrée « Baby Please Don't Go »). Tout ce remue-ménage provoque le remplacement de Wrickson (ses parents ont refusé son billet de sortie à leur mineur de fils) par Patrick McAuley.

De prime abord, les Them ont affaire à Dick Rowe, inénarrable directeur artistique dont le titre de gloire reste d'avoir refusé une maquette des Beatles deux années auparavant. Avec une remarquable constance, Rowe, pourtant pétrifié à l'idée de réitérer pareille bévue, refuse dès les premiers contacts avec le groupe de considérer à sa juste valeur les qualités de compositeur de Morrison, et, en particulier, le potentiel de cette fameuse chanson intitulée « Gloria ».

C'est au mois de septembre 1964 qu'est édité « Don't Start Crying Now », premier 45 tours des Them, qui recueille le succès d'un régional de l'étape à Belfast, et une indifférence polie en Grande-Bretagne. Désormais installé à Londres, le groupe connaît un meilleur sort avec le disque suivant : « Baby Please Don't Go » (Big Joe Williams) se fraie un joli parcours dans les charts britanniques, néanmoins supplantée par la chanson que Decca a tenue à cantonner en face B (et on reparle de « Gloria »)...

Pour leur troisième enregistrement, « Here Comes the Night » (janvier 1965), le groupe bénéficie du soutien du producteur américain Bert Berns (le monsieur qui a co-composé « Twist and Shout » pour The Isley Brothers) : le disque n'est stoppé dans son ascension des classements britanniques que par le « Ticket To Ride » des Beatles. C'est alors que l'organiste John McAuley remplace son frère au sein du groupe, puis est lui-même remplacé par Peter Bardens.

La fin des débuts

Au mois de juin de la même année est édité le premier album, The Angry Young Them, emmené par une version de « Gloria », et cinq autres chansons signées Van Morrison. A la même période, le 45 tours « One More Time » est un échec. Les Them entrent alors dans une tourmente relationnelle qui provoque le départ d'Harrison, désavoué par ses collègues, grâce à de sombres manœuvres ourdies par Decca. Réfugiés dans leur base irlandaise, Morrison et Henderson, seuls rescapés de la première mouture du groupe, appellent auprès d'eux le batteur John Wilson (qu'on entendra plus tard aux côtés de Rory Gallagher), le saxophoniste Ray Elliot , et le guitariste Jim Armstrong, pour un combo acceptant désormais de la soul et du jazz dans ses influences.

Après des 45 tours dus à l'ancien line-up (« It Won't Hurt », « Half as Much » et « Mystic Eyes »), c'est au mois de janvier 1966 que sort le deuxième album du groupe : Them Again, riche de plusieurs reprises (Nina Simone, James Brown), mais qui n'offre que quatre compositions de la main de Morrison. Le disque est un échec, à l'instar du 45 tours « Call My Name » (mars 1966).

Decca décide alors de contrecarrer les menées de faux Them qui écument les Etats-Unis (où c'est un groupe de garage rock de Chicago, les Shadows of Knight, qui empoche la mise avec sa version de « Gloria », n°10 le 7 mai 1966) en envoyant deux mois durant les Irlandais en Amérique, et le groupe participe ainsi à l'invasion des groupes britanniques. Van Morrison et ses collègues se produisent plusieurs semaines au Whisky-A-Go-Go, soutenus par Captain Beefheart, et les Doors, au sein desquels Jim Morrison ne perd rien des leçons dispensées par son homonyme (on évoque même une chanson interprétée à deux voix, version de... « Gloria »). A la même période, un nouveau 45 tours (adaptation du « Richard Cory » de Simon & Garfunkel), est édité dans une indifférence polie.

Le début de la fin

Le retour sur le vieux continent (après des accusations de détournements de fonds qui atteindront Morrison même) est catastrophique : Henderson et le chanteur se produisent en compagnie du moindre musicien de passage, le deuxième décide brusquement d'interpréter sur scène des chansons non répétées...et a déjà l'esprit occupé par une campagne américaine en solitaire, au cours de laquelle il compte bien retrouver le nouveau patron du label Bang Records, un certain...Bert Berns.

En novembre 1967 est édité le 45 tours hors norme (la chanson dure plus de sept minutes) « The Story of Them » : Morrison n'appartient déjà plus au groupe.

Les Them survivront jusqu'en 1973, sous la houlette d'Henderson (intégrant Kenny McDowell au chant), et durant quatre albums (où ils fraieront avec le rock psychédélique, ou même le hard rock), à peu près dénués d'intérêt. Patrick et John McAuley enregistreront deux 45 tours sous le nom des Belfast Gypsies, davantage dans la lignée des Them. Quant à Van Morrison, il est toujours grognon, et chante toujours, avec l'immense classe qu'on lui connaît.

Si « Here Comes the Night » a été chantée par David Bowie (dans Pin-Ups), ou « Baby Please Don't Go » utilisée par David Lynch dans le film Sailor et Lula, « Gloria » reste la glorieuse marque de fabrique des Them. La chanson figure depuis 2007 au Grammy Hall of Fame, et est considérée par tous les classements comme l'un des plus grandes chansons de tous les temps. On l'entend dans Outsiders de Francis Ford Coppola, et Good Morning Vietnam de Barry Levinson. Elle a été interprétée par Frank Zappa, les Doors, Jimi Hendrix, le Patti Smith Group, et à peu près tout adolescent qui, durant les quarante dernières années, a, peu ou prou, envisagé de chanter de la musique énervée.

Plus sauvages que les Rolling Stones, ambassadeurs d'un rock urbain, agressif et sensuel, les Them, dans leur naïveté d'enfants irlandais, n'ont oublié qu'une chose : derrière chaque groupe reste tapi un manager, et le talent ne peut rien face au commerce. Cette distraction leur sera fatale.

Copyright 2014 Music Story Christian Larrède

En 1962, il y a au moins une chose qui réunit catholiques et protestants dans Belfast la déchirée : la musique. Dans toute l'Irlande du Nord, les Gamblers (ils ont vingt ans, ils sont beaux, et aiment l'électricité), ont donc tout l'air d'extraterrestres lorsqu'ils interprètent des standards du rhythm 'n' blues. Mais tout cela n'est pas bien grave : le chanteur et guitariste William (Billy) Harrison, Ronnie Millings et sa batterie, le bassiste Alan Henderson, et deux années plus tard, les claviers d'Erik Wrickson, et le jeune saxophoniste Van Morrisson, se réunissent surtout pour rendre un peu moins poisseuses ces interminables fins de semaine.

Eux, c'est Them

Très vite, Ivan Morrison (né le 31/8/1945 à Belfast) dit Van the Man endosse les multiples rôles de chanteur, compositeur, harmoniciste, saxophoniste, et relations publiques (il introduit le groupe auprès de plusieurs clubs de la ville, dont le Maritime, susceptibles de le faire jouer). Mais, assez curieusement, Billy Harrison reste - en leader incontesté - le seul capable de tempérer ceux qui apparaissent de prime abord comme d'authentiques caractériels. Face à la presse, les musiciens se montrent arrogants, agressifs, et s'expriment dans un sabir incompréhensible pour les journalistes. Van Morrison, alors adepte de la dive bouteille, hésite rarement à injurier le public. Les Them plaident une simple réaction à un sentiment anti-irlandais, mais savent aussi se montrer désagréables avec des journalistes compatriotes, et odieux avec les femmes.

Premiers concerts, premières gammes sur les classiques du genre (signés T. Bone Walker, Jimmy Reed ou Chuck Berry), premières jams interminables (où l'on commence à évoquer en trois accords, et parfois pendant près de vingt minutes, une certaine Gloria, les vêtements de Gloria - et sa capacité à les ôter - , et le plaisir que peut offrir Gloria) : tous acceptent la proposition d'Erik Wrickson, de sanctionner cette nouvelle ère par une nouvelle appellation, inspirée d'un film de science-fiction des années cinquante. Les Them sont nés.

En route pour la « Gloria »

Le phénomène du bouche à oreille (et un enregistrement pirate) attire l'attention du label Decca, qui propose contrat, manager, et musiciens de séances (afin de pallier les supposées carences techniques des membres du groupe - le guitariste Jimmy Page a ainsi traîné sa...guitare basse dans les studios où fut enregistrée « Baby Please Don't Go »). Tout ce remue-ménage provoque le remplacement de Wrickson (ses parents ont refusé son billet de sortie à leur mineur de fils) par Patrick McAuley.

De prime abord, les Them ont affaire à Dick Rowe, inénarrable directeur artistique dont le titre de gloire reste d'avoir refusé une maquette des Beatles deux années auparavant. Avec une remarquable constance, Rowe, pourtant pétrifié à l'idée de réitérer pareille bévue, refuse dès les premiers contacts avec le groupe de considérer à sa juste valeur les qualités de compositeur de Morrison, et, en particulier, le potentiel de cette fameuse chanson intitulée « Gloria ».

C'est au mois de septembre 1964 qu'est édité « Don't Start Crying Now », premier 45 tours des Them, qui recueille le succès d'un régional de l'étape à Belfast, et une indifférence polie en Grande-Bretagne. Désormais installé à Londres, le groupe connaît un meilleur sort avec le disque suivant : « Baby Please Don't Go » (Big Joe Williams) se fraie un joli parcours dans les charts britanniques, néanmoins supplantée par la chanson que Decca a tenue à cantonner en face B (et on reparle de « Gloria »)...

Pour leur troisième enregistrement, « Here Comes the Night » (janvier 1965), le groupe bénéficie du soutien du producteur américain Bert Berns (le monsieur qui a co-composé « Twist and Shout » pour The Isley Brothers) : le disque n'est stoppé dans son ascension des classements britanniques que par le « Ticket To Ride » des Beatles. C'est alors que l'organiste John McAuley remplace son frère au sein du groupe, puis est lui-même remplacé par Peter Bardens.

La fin des débuts

Au mois de juin de la même année est édité le premier album, The Angry Young Them, emmené par une version de « Gloria », et cinq autres chansons signées Van Morrison. A la même période, le 45 tours « One More Time » est un échec. Les Them entrent alors dans une tourmente relationnelle qui provoque le départ d'Harrison, désavoué par ses collègues, grâce à de sombres manœuvres ourdies par Decca. Réfugiés dans leur base irlandaise, Morrison et Henderson, seuls rescapés de la première mouture du groupe, appellent auprès d'eux le batteur John Wilson (qu'on entendra plus tard aux côtés de Rory Gallagher), le saxophoniste Ray Elliot , et le guitariste Jim Armstrong, pour un combo acceptant désormais de la soul et du jazz dans ses influences.

Après des 45 tours dus à l'ancien line-up (« It Won't Hurt », « Half as Much » et « Mystic Eyes »), c'est au mois de janvier 1966 que sort le deuxième album du groupe : Them Again, riche de plusieurs reprises (Nina Simone, James Brown), mais qui n'offre que quatre compositions de la main de Morrison. Le disque est un échec, à l'instar du 45 tours « Call My Name » (mars 1966).

Decca décide alors de contrecarrer les menées de faux Them qui écument les Etats-Unis (où c'est un groupe de garage rock de Chicago, les Shadows of Knight, qui empoche la mise avec sa version de « Gloria », n°10 le 7 mai 1966) en envoyant deux mois durant les Irlandais en Amérique, et le groupe participe ainsi à l'invasion des groupes britanniques. Van Morrison et ses collègues se produisent plusieurs semaines au Whisky-A-Go-Go, soutenus par Captain Beefheart, et les Doors, au sein desquels Jim Morrison ne perd rien des leçons dispensées par son homonyme (on évoque même une chanson interprétée à deux voix, version de... « Gloria »). A la même période, un nouveau 45 tours (adaptation du « Richard Cory » de Simon & Garfunkel), est édité dans une indifférence polie.

Le début de la fin

Le retour sur le vieux continent (après des accusations de détournements de fonds qui atteindront Morrison même) est catastrophique : Henderson et le chanteur se produisent en compagnie du moindre musicien de passage, le deuxième décide brusquement d'interpréter sur scène des chansons non répétées...et a déjà l'esprit occupé par une campagne américaine en solitaire, au cours de laquelle il compte bien retrouver le nouveau patron du label Bang Records, un certain...Bert Berns.

En novembre 1967 est édité le 45 tours hors norme (la chanson dure plus de sept minutes) « The Story of Them » : Morrison n'appartient déjà plus au groupe.

Les Them survivront jusqu'en 1973, sous la houlette d'Henderson (intégrant Kenny McDowell au chant), et durant quatre albums (où ils fraieront avec le rock psychédélique, ou même le hard rock), à peu près dénués d'intérêt. Patrick et John McAuley enregistreront deux 45 tours sous le nom des Belfast Gypsies, davantage dans la lignée des Them. Quant à Van Morrison, il est toujours grognon, et chante toujours, avec l'immense classe qu'on lui connaît.

Si « Here Comes the Night » a été chantée par David Bowie (dans Pin-Ups), ou « Baby Please Don't Go » utilisée par David Lynch dans le film Sailor et Lula, « Gloria » reste la glorieuse marque de fabrique des Them. La chanson figure depuis 2007 au Grammy Hall of Fame, et est considérée par tous les classements comme l'un des plus grandes chansons de tous les temps. On l'entend dans Outsiders de Francis Ford Coppola, et Good Morning Vietnam de Barry Levinson. Elle a été interprétée par Frank Zappa, les Doors, Jimi Hendrix, le Patti Smith Group, et à peu près tout adolescent qui, durant les quarante dernières années, a, peu ou prou, envisagé de chanter de la musique énervée.

Plus sauvages que les Rolling Stones, ambassadeurs d'un rock urbain, agressif et sensuel, les Them, dans leur naïveté d'enfants irlandais, n'ont oublié qu'une chose : derrière chaque groupe reste tapi un manager, et le talent ne peut rien face au commerce. Cette distraction leur sera fatale.

Copyright 2014 Music Story Christian Larrède

En 1962, il y a au moins une chose qui réunit catholiques et protestants dans Belfast la déchirée : la musique. Dans toute l'Irlande du Nord, les Gamblers (ils ont vingt ans, ils sont beaux, et aiment l'électricité), ont donc tout l'air d'extraterrestres lorsqu'ils interprètent des standards du rhythm 'n' blues. Mais tout cela n'est pas bien grave : le chanteur et guitariste William (Billy) Harrison, Ronnie Millings et sa batterie, le bassiste Alan Henderson, et deux années plus tard, les claviers d'Erik Wrickson, et le jeune saxophoniste Van Morrisson, se réunissent surtout pour rendre un peu moins poisseuses ces interminables fins de semaine.

Eux, c'est Them

Très vite, Ivan Morrison (né le 31/8/1945 à Belfast) dit Van the Man endosse les multiples rôles de chanteur, compositeur, harmoniciste, saxophoniste, et relations publiques (il introduit le groupe auprès de plusieurs clubs de la ville, dont le Maritime, susceptibles de le faire jouer). Mais, assez curieusement, Billy Harrison reste - en leader incontesté - le seul capable de tempérer ceux qui apparaissent de prime abord comme d'authentiques caractériels. Face à la presse, les musiciens se montrent arrogants, agressifs, et s'expriment dans un sabir incompréhensible pour les journalistes. Van Morrison, alors adepte de la dive bouteille, hésite rarement à injurier le public. Les Them plaident une simple réaction à un sentiment anti-irlandais, mais savent aussi se montrer désagréables avec des journalistes compatriotes, et odieux avec les femmes.

Premiers concerts, premières gammes sur les classiques du genre (signés T. Bone Walker, Jimmy Reed ou Chuck Berry), premières jams interminables (où l'on commence à évoquer en trois accords, et parfois pendant près de vingt minutes, une certaine Gloria, les vêtements de Gloria - et sa capacité à les ôter - , et le plaisir que peut offrir Gloria) : tous acceptent la proposition d'Erik Wrickson, de sanctionner cette nouvelle ère par une nouvelle appellation, inspirée d'un film de science-fiction des années cinquante. Les Them sont nés.

En route pour la « Gloria »

Le phénomène du bouche à oreille (et un enregistrement pirate) attire l'attention du label Decca, qui propose contrat, manager, et musiciens de séances (afin de pallier les supposées carences techniques des membres du groupe - le guitariste Jimmy Page a ainsi traîné sa...guitare basse dans les studios où fut enregistrée « Baby Please Don't Go »). Tout ce remue-ménage provoque le remplacement de Wrickson (ses parents ont refusé son billet de sortie à leur mineur de fils) par Patrick McAuley.

De prime abord, les Them ont affaire à Dick Rowe, inénarrable directeur artistique dont le titre de gloire reste d'avoir refusé une maquette des Beatles deux années auparavant. Avec une remarquable constance, Rowe, pourtant pétrifié à l'idée de réitérer pareille bévue, refuse dès les premiers contacts avec le groupe de considérer à sa juste valeur les qualités de compositeur de Morrison, et, en particulier, le potentiel de cette fameuse chanson intitulée « Gloria ».

C'est au mois de septembre 1964 qu'est édité « Don't Start Crying Now », premier 45 tours des Them, qui recueille le succès d'un régional de l'étape à Belfast, et une indifférence polie en Grande-Bretagne. Désormais installé à Londres, le groupe connaît un meilleur sort avec le disque suivant : « Baby Please Don't Go » (Big Joe Williams) se fraie un joli parcours dans les charts britanniques, néanmoins supplantée par la chanson que Decca a tenue à cantonner en face B (et on reparle de « Gloria »)...

Pour leur troisième enregistrement, « Here Comes the Night » (janvier 1965), le groupe bénéficie du soutien du producteur américain Bert Berns (le monsieur qui a co-composé « Twist and Shout » pour The Isley Brothers) : le disque n'est stoppé dans son ascension des classements britanniques que par le « Ticket To Ride » des Beatles. C'est alors que l'organiste John McAuley remplace son frère au sein du groupe, puis est lui-même remplacé par Peter Bardens.

La fin des débuts

Au mois de juin de la même année est édité le premier album, The Angry Young Them, emmené par une version de « Gloria », et cinq autres chansons signées Van Morrison. A la même période, le 45 tours « One More Time » est un échec. Les Them entrent alors dans une tourmente relationnelle qui provoque le départ d'Harrison, désavoué par ses collègues, grâce à de sombres manœuvres ourdies par Decca. Réfugiés dans leur base irlandaise, Morrison et Henderson, seuls rescapés de la première mouture du groupe, appellent auprès d'eux le batteur John Wilson (qu'on entendra plus tard aux côtés de Rory Gallagher), le saxophoniste Ray Elliot , et le guitariste Jim Armstrong, pour un combo acceptant désormais de la soul et du jazz dans ses influences.

Après des 45 tours dus à l'ancien line-up (« It Won't Hurt », « Half as Much » et « Mystic Eyes »), c'est au mois de janvier 1966 que sort le deuxième album du groupe : Them Again, riche de plusieurs reprises (Nina Simone, James Brown), mais qui n'offre que quatre compositions de la main de Morrison. Le disque est un échec, à l'instar du 45 tours « Call My Name » (mars 1966).

Decca décide alors de contrecarrer les menées de faux Them qui écument les Etats-Unis (où c'est un groupe de garage rock de Chicago, les Shadows of Knight, qui empoche la mise avec sa version de « Gloria », n°10 le 7 mai 1966) en envoyant deux mois durant les Irlandais en Amérique, et le groupe participe ainsi à l'invasion des groupes britanniques. Van Morrison et ses collègues se produisent plusieurs semaines au Whisky-A-Go-Go, soutenus par Captain Beefheart, et les Doors, au sein desquels Jim Morrison ne perd rien des leçons dispensées par son homonyme (on évoque même une chanson interprétée à deux voix, version de... « Gloria »). A la même période, un nouveau 45 tours (adaptation du « Richard Cory » de Simon & Garfunkel), est édité dans une indifférence polie.

Le début de la fin

Le retour sur le vieux continent (après des accusations de détournements de fonds qui atteindront Morrison même) est catastrophique : Henderson et le chanteur se produisent en compagnie du moindre musicien de passage, le deuxième décide brusquement d'interpréter sur scène des chansons non répétées...et a déjà l'esprit occupé par une campagne américaine en solitaire, au cours de laquelle il compte bien retrouver le nouveau patron du label Bang Records, un certain...Bert Berns.

En novembre 1967 est édité le 45 tours hors norme (la chanson dure plus de sept minutes) « The Story of Them » : Morrison n'appartient déjà plus au groupe.

Les Them survivront jusqu'en 1973, sous la houlette d'Henderson (intégrant Kenny McDowell au chant), et durant quatre albums (où ils fraieront avec le rock psychédélique, ou même le hard rock), à peu près dénués d'intérêt. Patrick et John McAuley enregistreront deux 45 tours sous le nom des Belfast Gypsies, davantage dans la lignée des Them. Quant à Van Morrison, il est toujours grognon, et chante toujours, avec l'immense classe qu'on lui connaît.

Si « Here Comes the Night » a été chantée par David Bowie (dans Pin-Ups), ou « Baby Please Don't Go » utilisée par David Lynch dans le film Sailor et Lula, « Gloria » reste la glorieuse marque de fabrique des Them. La chanson figure depuis 2007 au Grammy Hall of Fame, et est considérée par tous les classements comme l'un des plus grandes chansons de tous les temps. On l'entend dans Outsiders de Francis Ford Coppola, et Good Morning Vietnam de Barry Levinson. Elle a été interprétée par Frank Zappa, les Doors, Jimi Hendrix, le Patti Smith Group, et à peu près tout adolescent qui, durant les quarante dernières années, a, peu ou prou, envisagé de chanter de la musique énervée.

Plus sauvages que les Rolling Stones, ambassadeurs d'un rock urbain, agressif et sensuel, les Them, dans leur naïveté d'enfants irlandais, n'ont oublié qu'une chose : derrière chaque groupe reste tapi un manager, et le talent ne peut rien face au commerce. Cette distraction leur sera fatale.

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