"There Goes Rhymin' Simon" est depuis 1973 tout simplement un chef- d'œuvre insurpassé et insurpassable, une des plus belles œuvres d'auteur compositeur que la pop-rock nous ait donné, depuis les 70's.
Paul Simon nous a légué bien sûr quelques autres perles (les indispensables "Hearts & Bones", "One Trick Pony", "Still Crazy after all these years" et dans une moindre mesure "Graceland" -même si ce dernier constitue le "best-seller" de Simon, surtout en France), mais " There Goes Rhymin' Simon" dépasse tout ce que l'ex-compagnon de Garfunkel a pu produire, et avant, et après.
L'album nous offre une collection d'extraordinaires morceaux, rien à jeter du premier au dernier, et j'aurais bien du mal à indiquer une préfèrence parmi ces 10 merveilles. Simon explore toute la palette des sentiments et des styles musicaux avec une tendresse, une énergie, une créativité, un talent musical inégalés.
Bien sûr, on citera en priorité "American Tune", la plus belle, la plus émouvante des déclarations d'amour jamais faite à l'Amérique, parce qu'empreinte de doute et de désespoir (Je ne connais pas une âme qui ne soit pas blessée, pas un ami qui ne doute, pas un rêve qui n'ait été fracassé (...) Je volais en rêve et j'ai vu la Statue de la Liberté prendre le large vers l'océan (...) nous sommes venus sur un navire nommé le Mayflower (...) Et nous voilà souquant au cœur des heures les plus incertaines du siècle, à chanter un air d'Amérique (...) Mais c'est okay, on ne peut pas gagner éternellement), ces mots sur une musique qui vous tirera les larmes, surtout si vous regrettez que l'Amérique soit devenu le pays de Georges Bush et des télévangélistes....
Et puis "Something so Right"(repris par tout le monde, entre autres Annie Lennox), avec des lignes éternelles comme "Certains ne pourront jamais prononcer les mots "Je t'aime", c'est pas leur style, d'être aussi direct -Certains ne pourront jamais prononcer les mots "Je t'aime", mais comme des gosses, ils donneraient tout pour les entendre", "One Man's Ceiling is Another Man's Floor" avec l'aveu discret et élégant (tout Paul Simon, quoi !) de ses relations amoureuses clandestines que la morale réprouve ("Il y a une allée derrière mon immeuble, où les types se retrouvent, dans la honte... je promenais mon chien l'autre soir, et la nuit était noire et brumeuse, et je crois bien que quelqu'un m'a appelé par mon nom...", "Learn how to Fall" (superbe)- et "St Judy's Comet"(à tomber de poésie, de tendresse et de beauté), et l'énergie, le rythme et la musique incomparable de morceaux comme "Kodachrome"et "Loves me Like A Rock".
"There Goes Rhymin' Simon": un très sérieux challenger à "Hejira" de Joni Mitchell, "Pirates" de Rickie Lee Jones et "Aerial" de Kate Bush pour l'unique galette à emmener sur l''île déserte...un must.