Cela peut en inquiéter certains, mais tant qu’il y aura des zozos capables de s’en secouer une en regardant d’autres zozos faire beaucoup de bruit avec de l’électricité sur une scène, le rock'n'roll bougera encore. Et tant qu’un groupe de Guingamp (allez…) aura la faculté – sous un emballage racé qui, de Radio Birdman aux Real Kids, réunit l’internationale de l’iconographie rock – d’enregistrer trente-six minutes de fureur réverbérée, et d’intituler le tout
Thirty Six Minutes, nous n’aurons nuls arguments raisonnables à douter des nouvelles générations. Bretons donc (et en l’occurrence sacrément proche de l’Angleterre), The Craftmen Club est un trio – configuration mythique – qui se définit comme un « heavy garage blues rock band with some psychotic electronic sounds ». Et c’est son droit.
En 2004, après le galop d’essai de deux maxis, le groupe croise Jon
Oh Yeah ! Spencer, et c’est un peu comme Noël en plein été. Un premier vrai grand disque,
I Gave You Orders Never To Play That Record Again (2005) contribue à aguerrir ces artisans (
craftmen). Le bassiste Marc Corlett, le guitariste et chanteur Steeve Lannuzel, et Yann Ollivier à la batterie, écoutent (beaucoup) dEUS, écrivent l’histoire de Gary Blood, dont la famille est assassinée, ce qui est perturbant, écoutent (beaucoup) Nick Cave, composent les chansons de leur deuxième album, et écoutent (beaucoup) Sixteen Horsepower. Le reste appartient à l’éternité des déferlantes qui, depuis plus de six décennies, vibrent tout autour de la planète.
Le reste, en l’occurrence onze pièces épileptiques et névrotiques, où même les guirlandes d’un rare banjo n’éclairent pas le panorama, et à deux reprises en français dans le texte (le Club se sort plutôt avec les honneurs de l’épreuve), renvoie à une fureur nourrie de psychobilly, punk, et romantisme baroque mexicain. Ces riffs secoués comme des pruniers binaires, le rugissement d’un rock sali à peine extrait du garage, attestent qu’il ne s’agit pas de revival nostalgique ici. Mais bien de la rémanence d’une fièvre, que le triumvirat a transporté sur quatre cents scènes depuis sa création, jouant à peu près partout là où on l’accueillait.
En conclusion du disque, les plus de cinq minutes de l’instrumental
« Death Song » font s’ébrouer les spectre de Jeffrey Lee Pierce et de Duane Eddy, et étinceler dans une surf music poussiéreuse le néon du triomphe.
Thirty Six Minutes : grand disque, vraiment.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story