Plus de 300 pages de descriptions psychologiques, de phénoménologie de lémotion, de laffect et du ressentis : voilà à quoi on sattaque en lisant Thomas lobscur de Maurice Blanchot. 300 pages cest long, très long même et par moment, ne le nions pas, on finis par décrocher complètement.
Imaginez un jeune homme sappelant Thomas et dont la psychologie se révèle sombre et quelque peu tourmenté Ce garçon rencontre une certaine Anne, perdue de lamour et quelle retrouve ou plutôt découvre avec Thomas. Arrive alors Irène, femme mariée et sensuelle se jetant, folle de désir entre les bras de Thomas, puis répudiée. Retour de Thomas et de Anne, et souffrance de Anne causées par la maladie Représentez-vous maintenant le fait que ce livre soit sans dialogues, et dans lequel, plutôt que de vous raconter en termes intelligibles les émotions ressenties, on vous présente une description purement abstraite du vécu intérieur.
Thomas lobscur est un exercice décriture périlleux et totalement insupportable, ce qui le rend dautant plus précieux la rareté faisant la valeur de lobjet. La folie se guette à chaque page et même lorsque lon décroche dun texte abscons au possible, la poésie ontologique de Blanchot vous berce comme les remous dune vague indolent sur laquelle, abandonné, on se serait étendu.
Et puis, il y a cette conclusion étonnante et presque magique, bouleversante. D'un seul coup, l'écriture de Blanchot se transforme : on s'élève dans les sphères de Dieu, on entame le chemin du mystique en s'ouvrant à l'amour de Dieu. Une vague déferle en nous emportant et soudain nous laisse nous effondrer dans un dernier geste dont la cruauté a en commun avec ce livre cryptique son aspect énigmatique.