A la fin de
Forteresse invisible (La) Thorgal , lassé de représenter un danger pour sa famille décide d'effacer son nom de la mémoire des Dieux d'Asgard . Le remède est pire que le mal , puisque ce faisant , manipulé par la machiavélique Kriss de Valnor , il devient Shaigan sans Merci un tyran régnant sur les mers; soit l'exact opposé de l'homme bon , pacifique et généreux qu'il est habituellement.
Mine de rien la saga de Thorgal aura permis au fil du temps d'écrire une brillante variation sur le destin d'un homme . Je n'avais pas relu cette histoire depuis 96 et y ai pris un infini plaisir .
Thorgal sent bien au fond de lui qu'il ne vit pas la vie qui lui appartient ; une occasion lui fournit de retrouver son nom et par la même occasion sa mémoire .
Que ce soit dans les Comics ( Daredevil ) ou les Mangas ( Goku dans Dragon Ball Z) les héros qui souhaitent mettre à l'abri leurs proches de leur vie dangereuses sont légion . De là viennent ensuite les pires catastrophes et Thorgal n'échappe pas à la règle. Le traitement que Van Hame et Rosinski applique au héros balafré est tout simplement génial .
La première case montre Thorgal et Kriss rivalisant de virtuosité à l'arc . Outre le clin d'oeil au binôme qu'ils formaient dans les archers , l'apparence corporel du jeune écuyer les assistant résume l'avarice et la mesquinerie de Kriss de Valnor . Thorgal se rend complice de l'exploitation honteuse d'un enfant , ce qu'il n'aurait jamais cautionné auparavant.
On se rappelle qu'a la fin de
Thorgal, tome 6 : la chute de Brek Zarith, le prince Galathorn régnait sur un royaume ruiné ; c'est cette non solvabilité qui lui vaut d'être capturé par des flibustiers et jeté aux pieds de Kriss qui espère en tirer une rançon . C'est dans ce contexte que Thorgal rencontre une autre figure de son passé et la convoitise de Kriss va l'amener à perdre cet homme qu'elle admet aimer jusqu'à la haine.Elle est indéniablement le personnage le plus fort de cette saga : odieuse , immorale mais tragique dans l'amour non réciproque qu'elle ressent la poussant à l'irréparable .La dimension Shakespearienne de la saga n'est pas usurpée .
Lorsque on lit cette saga dans l'ordre , on ne peut qu'admirer la virtuosité de Van Hamme à convoquer des personnages secondaires vus des années avant pour les intégrer à son intrigue .
Notre héros , aidé par la déesse Frigg , va s'aventurer au royaume des Géants pour récupérer son nom . Il y rencontrera des créatures fantastiques mais aussi des figures déjà vues comme le géant des forêts apperçu dans
Thorgal, tome 7 : L'Enfant des étoiles .
Le scénario est d'ailleurs à peu près le même : Thorgal a la taille d'un enfant auprès de géants et va devoir rivaliser de ruse pour parvenir à ses fins .
L'amateur de littérature sera comblé par les clins d'oeil que l'histoire lui adresse : la mythologie nordique , bien sûr , mais également
Le roi Lear et
L'Odyssée . Thorgal bluffe en effet les géants comme Ulysse avec les cyclopes . Thorgal , publié à l'origine dans le journal de Tintin fait également référence aux aventures du petit reporter . Ici , lorsque Thorgal affronte un faucon qui veut le décrocher d'une montagne , impossible de ne pas penser au duel opposant Tintin au condor dans le
Le temple du Soleil.
L'album doit beaucoup au talent de Rosinsky . Alors que l'ambiance de la série ne prête pas à la franche rigolade , le binôme introduit des notes d'humour irrésistible : du mot de passe absurde ouvrant la salle aux trésors d'Odin à l'apparence grotesque des géants à gros nez à la Hergé , plus bêtes les uns que les autres ; et pourtant on ressent chez les auteurs une certaine tendresse pour ces gros balourds patauds. On y trouve également une Walkyrie nymphomane , des chats qui volent et un faucon a deux têtes conférant au tout une indéniable poésie .
A la fin de Géants , Thorgal se rue au secours de sa famille réduite en esclavage de par sa faute . Celà s'appelle
Thorgal, tome 23 : La Cage et la rédemption de notre héros prendra un bien étrange tournant .
Geants est un album plein d'humour et de fantaisie qui prouve que le tandem , contrairement à ce qui est souvent dit , n'avait pas perdu son âme à la fin de la saga du pays Qâ.