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5.0 étoiles sur 5
Puisque tu pars ..., 26 avril 2012
Empoisonné , épuisé , aveugle , sale et barbu Thorgal Aergison n'a plus rien d'un héros lorsque commence sa dernière aventure . Sa famille n'en mène pas large non plus : en haillons sous la pluie , Aaricia supplie un seigneur de lui offrir l'hospitalité pour aider son mari qui la renvoie dans la boue .
Mais on est chez Thorgal hein ? donc le lecteur depuis la première histoire parue en 1977 est habitué au Deus Ex Machina de la série . Pour la dernière fois la déesse Frigg accepte de venir en aide à notre héros .
Il reste lui 48 heures à vivre et tant à accomplir : voyager entre les deux mondes , combattre des créatures fantastiques , convaincre un demi dieu de l'aider et revenir . Le genre de routine que notre beau balafré fait habituellement sans transpirer .
Sauf que cette fois ci Thorgal n'y croit plus . Pour la dernière aventure , Van Hamme bouscule le mythe de son héros . Nous l'avons connu jeune , audacieux , indestructible . Le voici vieilli , les tempes blanches et mourant . Thorgal était l'archétype du héros que rien ne peut abattre ? Le voici qui souhaite mourir . Usé par 15 années de combat , Thorgal , l'enfant des étoiles qui voulait soustraire son destin aux caprices des dieux réalise que sa quête de liberté lui a trop couté , que sa famille en a souffert et qu'il est responsable de morts innocentes . Il faut l'intervention de Jolan , devenu un fougeux adolescent pour que Thorgal mène sa dernière aventure à terme. Mais son langage corporel accuse sa fatigue , son coup d'épée est là mais plus l'énergie .
Van Hamme se permet une belle mise en abîme . Il est accusé à l'époque par son public d'être fatigué , sans inspiration et de répéter une recette Ad Nauseam . Le scénariste introduit à son tour cette lassitude chez le personnage pour mieux le transfigurer .
Avec le recul sa vision est cohérente : voici 3 albums que le héros apparaissait en bout de course pour ce final . Le contre transfert est puissant et peut être décliné ainsi : Je suis fatigué ( Van Hamme) , tu es fatigué ( le lecteur ) , il est fatigué ( Thorgal ) , nous sommes fatigués .
De cette désarmante sincérité , Van Hamme construit un intrigue sans surprise mais efficace : l'apparition de la gardienne des clés , mort et résurrection et un ultime clin d'oeil à Tintin (
L'Etoile mystérieuse ) .
C'est Jolan , son successeur qui tient la vedette ici : l'argument est à la fois artistique et commerciale . Jolan depuis l
Chute de Brek Zarith (La) avec sa capacité de détruire les atomes est un personnage important : il a sauvé son père , délivré sa mère , voyagé dans le temps et crée un ami imaginaire .
Bénéficiant d'un fort potentiel de sympathie , à aucun moment le lecteur ne se demande ce qu'il vient fiche ici.
L'objectif commercial est évident : à la fin de Thorgal , l'équipe artistique passe le relais ,après 30 ans de bons et loyaux services, à un scénariste qui va désormais conter les aventures de Jolan , avec des caméos de Thorgal , histoire de ne pas froisser les nostalgiques .
Jolan va donc rencontrer le demi dieu Manthor adepte de la magie rouge . Là encore les doubles sens de Van Hamme sont appréciables : Ce personnage sauve Thorgal en échange de l'allégeance de l'adolescent . Avec son physique inquiétant qui emprunte beaucoup au Dr Doom de Marvel , Manthor est il un mentor ou un menteur ?
Tout n'est pas parfait cependant : la réintégration de Thorgal parmi les vikings semble bien facile voire absurde , Jolan trompe les gardes de Manthor avec une facilité que Van Hamme n'explique pas et les peintures de Rosinsky bavent un peu sur son dessin .
Mais cet épilogue promet de beaux instants d'émotion . Van Hamme a choisi de raconter sa dernière histoire via l'amour réciproque d'un père et son fils , chacun prêt à mourir pour l'autre .
Et lorsque Thorgal , vieilli et faible regarde son destin de père s'accomplir et voir son enfant le quitter vers un avenir incertain , lorsque cet homme brave et bon verse une larme d'adieu envers son fils , envers lui même , envers nous , le lecteur qui a grandi avec ce père idéal pleure à son tour pour lui-même , pour Thorgal , pour Jolan , oh ! je ne sais plus moi !
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