Onze longues années après "Three Of A Perfect Pair" qui clôturait la trilogie entamée par le splendide "Discipline" en 1981, King Crimson réconcilié avec Virgin publie enfin son nouvel album. Nul besoin n'est de préciser que mis à part pour les fans aguerris, cet album aux titres et à la pochette étranges fait un peu figure d'Ovni dans le paysage musical d'alors. Pourtant quelques écoutes attentives de ce disque exigeant suffisent à prouver qu'il s'agit (encore) d'un authentique chef d'œuvre.
Robert Fripp, toujours accompagné d'Adrian Belew, s'adjoint ici les services de musiciens d'exception : Tony Levin, (le bassiste aux baguettes de Peter Gabriel notamment) et Bill Bruford qu'il n'est plus utile de présenter. La formule atypique (deux batteries, basses et guitares) est d'une perfection imparable : la puissance, l'ampleur du son, la maîtrise technique et instrumentale sont tout bonnement stupéfiantes. Si une première approche peut décontenancer (« Dinosaur », « THRAK », «Sex Sleep Eat Drink Dream » « People » sont des morceaux difficiles réclamant plusieurs écoutes attentives avant de se livrer) on retrouve entre ces expérimentations sonores, musicales et rythmiques, de véritables oasis de sérénité et de délicatesse (les somptueux « Inner Garden » I & II, « Walking On Air » et surtout l'immense « One Time » où l'on retrouve le touché incomparable d'Adrian Belew). Ces plages de repos ne sont pourtant qu'éphémères et se font souvent annonciatrices d'orages d'une implacable violence (« VROOOM » magistralement martelé par un Bruford au meilleur de sa forme) et d'une sublime noirceur (« B'Boom »).
Par son approche aventureuse, son inspiration sans faille, la variété et la complexité de ses compositions ainsi que par la qualité de sa production, "THRAK" s'impose comme le mariage impossible entre "Red" et "Discipline". C'est une une œuvre sombre et sublime.