Pour beaucoup de Britanniques de 30-40 ans, il y a deux "traumatismes" filmiques de jeunesse, tous deux dus à un scénario de Barry Hines: le poignant "Kes" de Ken Loach et ce glaçant "Threads" de Mick Jackson. Ce dernier étant un téléfilm qui plongea dans l'effroi les familles anglaises devant leur poste un soir de Septembre 1984, alors que la guerre froide, dans ses dernières années, n'avait toujours pas effacé le spectre de la guerre nucléaire... Le film est proche dans sa structure de son équivalent américain, "The Day After" de N.Meyer (1985), mais il est encore plus effrayant et bien plus pessimiste, car totalement dépourvu d'espoir. Les fictions post-atomiques américaines laissent toujours entrevoir la possibilité d'une reconstruction de la société ou du moins, de la persistance d'une forme d'instinct de survie, de la préservation d'un lien affectif avec ses êtres les plus proches. Ces "liens", justement qui expliquent le titre anglais, disparaissent irrémédiablement après la guerre atomique, c'est le tissu même des relations entre les êtres humains qui se désintègre... On est paralysé de terreur et de tristesse en assistant à la disparition de tout ce qui constitue la notion d'humanité et qui rend justement impossible (en s'ajoutant aux dommages causés par les radiations et l'"hiver nucléaire") toute naissance d'une "nouvelle société", même néo-primitive... On comprend que les Britanniques aient été traumatisés par ce cauchemar surgi sur leurs petites lucarnes ce soir-là...
La mise en scène sobre rappelle un certain cinéma anglais "social" et certains aspects docu-fiction en font le complément du terrible "The War Game" de Peter Watkins (le trauma tv atomique british de la génération précedente :-)) , les acteurs sont parfaits (mais on sait que les Britanniques sont des acteurs nés à la justesse de jeu inégalable).
Enfin, bref, disons juste que même le très noir "The Road" est "rose" à côté ! Vous voilà prévenus.
(DVD anglais zone 2 - version anglaise - sous-titres anglais - pas de vf ou de stf)