Le Daisy-Age, c'est un hip-hop positif , intelligent, un peu "beatnick" dans l'âme, déjà "bobo" avant que le terme ne soit inventé. Même si ce hip-hop s'éloigne de sa base (la rue)pour s'embourgeoiser dans ce concept-album ironique et fûté, il suit en quelque sorte la même histoire que la pop blanche des sixties, faisant ici figure de "Sgt Pepper" du genre.Dés l'intro, nous sommes conviés à une sorte de jeu-télé à la débilité réjouissante , aussitôt mise à mal par le single "The Magic Number" et son groove philos-hopique irrésistible. Posdnuos et Trugoy The Dove ont le flow généreux, et parlent d'à peu près tout et n'importe quoi tout en maintenant un haut niveau de déconnade à grands coups de clins d'oeils complices : le grand amour ("Eye Know"), les drogues qui détruisent tout ("Say No Go"),la philosophie du Daisy-Age ("Tread Water"), le sexe ("Buddy", introduit par "De La Orgee"), etc. Prince Paul et DJ Pasemaster Mase sont aux manettes et ça se sent : richesse des samples (Johnny Cash, les Turtles, Hall & Oates, Public Enemy sont convoqués dans le même bouillon vitaminé), variété de l'inspiration, DJing virevoltant et joyeusement foutraque. Les tubes sont au rendez-vous : l'amusant "Me, Myself & I" (qui revitalise le P-Funk "70's" tout en se moquant ouvertement du rap "narcissique" de l'époque), "Jenifa taught me" (qui porte plus que tout autre la patte indélébile du grand Prince Paul)ou "Ghetto Tang" (un conte urbain basé sur un scratch bondissant de ligne de basse ).Le tout donne un album qu'il est particulièrement tentant de redécouvrir avec les beaux jours du printemps.