Un professeur américain d'économie Norman Mayfield a quelques petits soucis à régler : une non reconnaissance de ses talents intellectuels (sa fumeuse équation d'économie sociale ne convainc ni le milieu universitaire ni le monde marchand), des difficultés à la maison (sa jolie femme Suzanne très tentée par l'adultère, son ado Syd inspiré par les postures et chorégraphies charnelles), une mémoire qui flanche (très délicat surtout en ces temps tumultueux) et une salade pas assez copieuse, qui provoque une grosse dispute lors d'un dîner chez lui avec deux de ses collègues : le lubrique doyen de l'université de Berkeley Lorch et le remonté et peu loyal Lafayette. Dîner où Norman apprend qu'il a volé le portefeuille d'un clochard, moment de déroute mnésique. Tout va pour le mieux, sauf lorsque quelques jours plus tard, on apprend le meurtre d'une jeune femme à deux pas de chez Norman, munie de son livre le plus illustre (quand on sait que le dit bouquin a connu un si pauvre engouement, on comprend vite que cela sent le roussi pour notre économiste chéri, qui ne se souvient de rien mais veut bien assumer tout).
Tour à tour drôle, pétillant, avec des répliques savoureuses (quoique parfois attendues), l'intrigue ne se relâche pas : le récit est ponctué des témoignages et états d'âme des protagonistes, chaque nouvelle apportant son lot de découvertes et de retournements de situations imprévisibles, de réactions surprenantes (Norman, en tueur potentiel et sa femme Suzanne se redécouvrent à l'occasion de scènes d'anthologie). Iegor Gran nous permet aussi d'apprécier les réflexions hautement spirituelles de son héros, en citant des pages de son livre le plus connu !! Résultat : testé et approuvé.