Né dans la scène pub rock du début des années 1970 (mais avec des racines plus lointaines), Dr. Feelgood a ramené le "rock énervé", les costumes deux pièces cintrés (pas très propres), le son mono, la rigueur du noir et blanc, sur le devant de la scène à une époque post hippie au cours de laquelle le rock progressif menaçait de tout envahir.
Le 1er LP, 'Down By The Jetty' (enregistré en 1974, publié en 1975) a constitué à la fois une bouffée d'air frais et un appel d'air dans lequel d'autres, plus ou moins opportunistes, ont pu s'engouffrer à la suite.
Le brief du Dr. Feelgood, c'est le rhythm & blues, celui des 1950s qui ne s'appelle pas rock'n'roll comme celui qui penche franchement vers le blues. D'où des reprises qui ciblent tout autant John Lee Hooker que Leiber & Stoller.
Mais, grâce à Wilko Johnson, son leader possédé, Dr. Feelgood amène aussi son propre répertoire : tel le 'She Does It Right' d'ouverture (qui dit brillamment tout, en quelques secondes, sur la démarche du groupe) ou bien encore 'Roxette' (idem). Il y a bien sûr quelques titres moins tranchants que ces deux-là dans ce 1er LP mais le couplage final 'Bonie Maronie / Tequila' en public reste imbattable.
Le 2è LP, 'Malpractice', reste totalement sur la même ligne que le premier mais se montre un peu plus "lourd" et avec des "temps faibles" peut-être plus faibles que sur le 1er LP (cf. 'Because You're Mine'). On verse déjà plus sur le terrain de George Thoroughgood que sur celui du R&B amphétaminé. Cf. la guitare slide de Lee Brilleaux sur 'Back In The Night', titre qui fut un quasi hit dans la France des hit parades. En même temps, l'explosion punk est arrivée et ceux qui, dans la musique du bon docteur, étaient surtout motivés par l'énergie non feinte (n'est-ce pas Phil Manoeuvre ?) sont passés avec armes et bagages dans le camp des Sex Pistols etc.
Très étonnamment, le 3é LP du groupe a été le live 'Stupidity' (1), avec les meilleurs morceaux des deux albums studio du groupe et quelques nouvelles reprises. Représentatif de la puissance du groupe sur scène, ce disque n'en a pas moins constitué à l'époque une manière de redite. Quand la conviction devient "tunnel vision"...
Le dernier album du groupe avec Wilko Johnson (Dr. Feelgood continue de tourner aujourd'hui, mais sans aucun musicien de la formation originale) descend encore une marche. Wilko est parti en cours d'enregistrement.
Ces 4 albums sont intégralement repris sur les deux premiers CD de ce coffret.
Le 3è et dernier CD présente des faces B, des enregistrements rares, des bonuses déjà publiés à la faveur de précédentes rééditions et quelques démos totalement inédites, notamment trois "boeufs" de Wilko avec Le Pirate Mick Green. On peut notamment voir le travail effectué par le groupe pour donner son impeccable tranchant au titre 'Roxette'.
Le DVD millésimé 1975 présente divers extraits d'émissions TV britanniques enregistrés en direct, le film moyen métrage capté live 'Goin' Back Home', et une interview d'un groupe qui s'ennuie par un journaliste finlandais maîtrisant peu l'idiome londonien. On peut ainsi voir le jeu de scène de robot illuminé de Wilko, et son jeu de guitare caractéristique, sans médiator, jouant les cordes avec tous les doigts. On voit ausi le regretté Lee Brilleaux (décédé en 1994) dans une dégaine de pochetron allumé qui a fait recette. On voit le gentil petit bassiste qui peine à changer de costume d'un tournage à l'autre et "The Big Figure" tenir la maison et apporter sa forte voix pour les refrains.
J'ai trouvé le livret assez décevant en ce qui concerne les textes (ont-ils été relus ? un indice me dit que non), dispensable pour les BD et super pour les photographies (quelques unes trop petites).
(1) La règle était à l'époque que l'on ne faisait pas d'album live avant d'avoir publié au moins 3 LPs en studio. Sauf quand on s'appelait MC5.