Tout autant que son « Auguste », le « Tibère » de Pierre Renucci est un livre remarquable. On nous dépeint un Tibère qui ressemble à autre chose qu'à un monstre ou un pervers, et l'argumentation est solide. Le grand général, l'homme d'état qu'était Tibère transparaîssent dans cet ouvrage, il est bien le digne successeur d'Auguste. Enfin les perversités supposées, fussent-elles croustillantes ou odieuses suivant les cas, perdent beaucoup de crédibilité devant la conduite même de Tibère tout au long de sa vie, et, elles deviennent bien improbables devant les faits avérés et se rangent, sans doute aucun, au niveau des calomnies.
Quant à la soi-disant cruauté de Tibère, là aussi, il conviendrait de lire l'histoire sur les faits et non de la construire sur des fantasmes. Si Tibère fut cruel c'est par le fait de laisser Séjan sévir trop longtemps à Rome avant qu'il n'intervînt de Capri; ce fut probablement une faute.
Mais sans doute Tibère fut-il un homme désabusé par les bassesses de sa classe. Cet homme, sans nul doute prit Rome en horreur, où pour être plus précis, les magouilles politiciennes, judiciaires et les mesquineries parfois mortelles que s'infligeait elle-même la haute société d'où il était issu, et dont à bon compte, on le rendit responsable après coup. Autrement comment expliquer ses tentatives, qu'il ne put achever, pour regagner la cité, sinon par le dégoût insurmontable que lui inspirait ce qui s'y passait ?
Tibère était sans doute un personnage complexe, fermé, donc des plus difficiles à cerner et la distance qui nous sépare de lui n'arrange rien pour mettre un tant soit peu à jour ses pensées, cependant, je fus séduit par les analyses mesurées et, me semble-t-il, pertinentes de Pierre Renucci. Une biographie indispensable sur le deuxième princeps de la république romaine. A lire absolument.
Cette édition manque, sans en être totalement dépourvue, d'annexes de tous types : cartes, index de noms, de lieux,...mais cela ne relève que du détail devant la qualité exceptionnelle, inégalable de l'ouvrage.