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Olivier Rolin aurait pu lasser son lecteur moderne. Du tout ! En même temps qu'il relate une époque révolue, s'adressant à la fille d'un ami disparu lui aussi, corps et âme, il accroche son lecteur (et son interlocutrice) en exacerbant les marques du présent : vastes publicités et calicots le long du périphérique et des passerelles d'autoroute, outrances et dérives de la consommation, vache folle, Zénith et Stade de France… Uni en seul discours aux allures de logorrhée nostalgique (contre un temps "devenu plus hygiénique"), c'est là tout bonnement un pan de l'histoire sociale que livre Olivier Rolin. Avec beaucoup de fraîcheur. --Céline Darner --Ce texte fait référence à lédition Broché .
Internet n'existait pas, ni le TGV ni les portables ni le câble ni les walkman ni les répondeurs. Les pavillons de Baltard ouvraient encore leurs parapluies au-dessus du ventre de Paris, la télé était en noir et blanc, le président Pompe allait succéder à de Gaulle. Au Vietnam la «guerre du peuple» défaisait la puissance américaine, les impérialistes étaient des tigres en papier, la Chine était rouge pour l'éternité, le Che plus grand mort que vivant. L'lnternationale serait le genre humain. C'était dans la nuit des temps...
Voici donc la vie très horrificque de Martin et de son ami Treize, et du reste de la bande, Fichaoui-dit-Julot, Reureu l'Hirsute, Momo-Mange-serrures, Judith et Chloé, Roger le Belge, tous les autres, les saints et les balances, les castagneurs et les pleutres, les rebelles et les fayots, avec leurs faits et prouesses épouvantables... Il y a dans cette histoire du grotesque mais aussi de la poésie brute, la bêtise y côtoie beaucoup de romantisme, on peut appeler ça comme ça.
La scène, le récit, se passe la nuit, dans une voiture qui tourne inlassablement sur les périphs, comme une navette spatiale satellisée autour de Paris. Moteur! O.R. --Ce texte fait référence à lédition Broché .
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2 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Pour les anciens gauchistes (1),
Par Gauthier Daniel "auteur de "Retour à Ausc... (Versailles) - Voir tous mes commentaires (TOP 1000 COMMENTATEURS) (TESTEURS) (VRAI NOM)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tigre en papier (Broché)
Certes, le livre fait un peu "les Martiens parlent aux Martiens" et il faut un doctorat en maoïsme pour comprendre les nombreuses allusions, références, "private jokes" et personnages de ce roman à clés...
Mais Olivier Rolin a une telle qualité d'écriture, son roman est si bien construit, sa vision si aigüe que l'on se prend au jeu et dévore son portrait au vitriol (tendre, mais au vitriol quand même...) d'une génération qui faillit être perdue. Génération qui manqua basculer dans le terrorisme. Episode peu connu, en effet : "La Cause du Peuple" (ou plutôt son chef Benny Lévy) décida de dissoudre son organisation (dont la branche armée, la "Nouvelle Résistance Populaire", était dirigée par... Olivier Rolin) en 72, et seuls quelques rares dissidents (sur les milliers de militants fanatisés que comprenait "La Cause") décidèrent de désobéir pour rejoindre l'anarchiste André Rouillan et former "Action Directe"... Autrement dit, notre pays est passé à deux doigts des exactions massives de la RAF allemande ou des Brigades rouges italiennes. Un grand merci donc à Benny Lévy et... Olivier Rolin. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
10 internautes sur 14 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Du bonheur de lire,
Par Vincent (Tokyo) - Voir tous mes commentaires
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tigre en papier (Broché)
Peu d'écrivains contemporains parlent avec leurs tripes. Rolin en est un. Le mot qui me vient à l'esprit après deux lectures consécutives, c'est "sincérité".Non, Rolin n'a pas oublié mai 68, il l'a digéré à sa façon, sans regrets, sans vanité. Mais est-ce vraiment un roman sur 68? Non, c'est plutôt une polyphonie qui entraîne dans ses notes un monde passé où les valeurs, tels que l'honneur, la justice, l'amitié donnaient encore l'ivresse de vivre. Et puis, il y a l'immense travail de deuil qui n'est pas seulement celui d'une époque, mais aussi d'un père mort au Vietnam (des pages d'incantation sublimes). Rappelez-vous Céline en 1932..."Le voyage".., Les meilleurs romans ne remportent pas forcément le Goncourt. Merci à Rolin de continuer avec obstination le pari impossible de la littérature. "Tigre en papier", c'est aussi du rythme, de la musique, une véritable symphonie. Rappelez-vous Céline car il s'agit ici d'une nouvelle "Féérie pour une autre fois". Rolin connaît sa musique: le style. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
4 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
L'art et la distance,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : Tigre en papier (Broché)
Olivier Rolin, en artiste, nous livre sa prose poétique, évocatrice, pleine de trouvailles et de richesse. Ce nouveau livre confirme un auteur au sommet de son art.Par ailleurs, malgré la mention "roman" on ne peut aborder cet ouvrage autrement que comme un récit autobiographique. Lucide et courageux, il prend ses distances, après plus de trente ans, avec un engagement radical et accepte de reconnaître certaines erreurs. Mais il reste fidèle à l'une de ses motivations : la compassion pour les hommes et les femmes, elle est présente tout au long de son livre. Une oeuvre profonde, qui fait réfléchir, en marge des modes. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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