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Olivier Rolin aurait pu lasser son lecteur moderne. Du tout ! En même temps qu'il relate une époque révolue, s'adressant à la fille d'un ami disparu lui aussi, corps et âme, il accroche son lecteur (et son interlocutrice) en exacerbant les marques du présent : vastes publicités et calicots le long du périphérique et des passerelles d'autoroute, outrances et dérives de la consommation, vache folle, Zénith et Stade de France… Uni en seul discours aux allures de logorrhée nostalgique (contre un temps "devenu plus hygiénique"), c'est là tout bonnement un pan de l'histoire sociale que livre Olivier Rolin. Avec beaucoup de fraîcheur. --Céline Darner --Ce texte fait référence à lédition Broché .
Extrait
Émeraude tu aimes ce nom, va savoir pourquoi. À cause dEsmeralda, la première fille qui tait fait rêver sous les traits, mieux vaudrait dire les courbes de Gina Lollobrigida ? Ou bien parce quenfant tu passais tes vacances sur la côte dÉmeraude ? Pas de planches à voile ni de horsbord ni rien sur leau, la mer était vide comme sur les tableaux, alors. Il fallait se méfier des mines dérivantes, la marée en rejetait encore, grosses boules de mort patientes, rouillées. Attendant leur heure. On était si près de la fin de la guerre.
Tu es né à mi-distance exactement de la Mère des défaites et de Dien Bien Phu, il faut le faire. La mélancolie historique tu lastétée avec le lait de ta mère. Elle vous emmenait, ton frère et toi, voir le soleil se coucher depuis une pointe proche de la maison. Assis sur un banc, vous attendiez. Ce nétait pas lesoleil qui tombait, vous expliquait-elle, mais la Terre qui tournait, basculait, senfonçait dans la nuit. De lautre côté du monde, en Asie, en Indochine comme on disait alors, le jour se levait. Cétait difficile à croire. Vous espériez voir le rayon vert, mais vous ne lavez jamais vu. Vous reveniez en silence, perplexes et déçus.
Tu aimes le nom de la nuit, aussi, navire night, noche triste, notta continua. En Allemand on ne le dira pas. Chaussée luisante, noire-mordorée BOBIGNY LILLE BRUXELLES PORTE DE BAGNOLET tours noires au sommet perdu dans la brume PORTE DE MONTREUIL HYPERMARCHÉ AUCHAN vert rouge NOVOTEL bleu 550m n302 CAMPANILE vert SAINT-MACLOU PEUGEOT PARIS NORD. Tu as habité par là, à droite, dans la nuit noire, en haut de la rue quelle rue, déjà ? Cétait il y a combien dannées ? La nuit des temps Cétait avec Judith. Habité est un bien grand mot. Vous dormiez là. Combien dannées ? Voyons une trentaine. Est-ce possible ? --Ce texte fait référence à lédition Broché .
Présentation de l'éditeur
Internet nexistait pas, ni le TGV ni les portables, la télé était en noir et blanc, le président Pompe allait succéder à de Gaulle. Au Vietnam la « guerre du peuple » défaisait la puissance américaine, les impérialistes étaient des tigres en papier, la Chine était rouge pour léternité, le Che plus grand mort que vivant.
Voici donc la vie très horrificque de Martin et de son ami Treize, et du reste de la bande, Fichaoui-dit-Julot, Reureu lhirsute, Momo-Mange-serrures, Judith et Chloé, Roger le Belge, tous les autres, les saints et les balances, les castagneurs et les pleutres, les rebelles et les fayots, avec leurs faits et prouesses épouvantables Il y a dans cette histoire du grotesque mais aussi de la poésie brute, la bêtise y côtoie beaucoup de romantisme, on peut appeler ça comme ça.
La scène, le récit, se passe la nuit, dans une voiture qui tourne inlassablement sur les périphs, comme une navette spatiale satellisée autour de Paris. Moteur !
Quatrième de couverture
Internet n'existait pas, ni le TGV ni les portables ni le câble ni les walkman ni les répondeurs. Les pavillons de Baltard ouvraient encore leurs parapluies au-dessus du ventre de Paris, la télé était en noir et blanc, le président Pompe allait succéder à de Gaulle. Au Vietnam la «guerre du peuple» défaisait la puissance américaine, les impérialistes étaient des tigres en papier, la Chine était rouge pour l'éternité, le Che plus grand mort que vivant. L'lnternationale serait le genre humain. C'était dans la nuit des temps...
Voici donc la vie très horrificque de Martin et de son ami Treize, et du reste de la bande, Fichaoui-dit-Julot, Reureu l'Hirsute, Momo-Mange-serrures, Judith et Chloé, Roger le Belge, tous les autres, les saints et les balances, les castagneurs et les pleutres, les rebelles et les fayots, avec leurs faits et prouesses épouvantables... Il y a dans cette histoire du grotesque mais aussi de la poésie brute, la bêtise y côtoie beaucoup de romantisme, on peut appeler ça comme ça.
La scène, le récit, se passe la nuit, dans une voiture qui tourne inlassablement sur les périphs, comme une navette spatiale satellisée autour de Paris. Moteur! O.R. --Ce texte fait référence à lédition Broché .