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Membre de la communauté musicale californienne, Tim Buckley (le père de Jeff) a laissé une uvre musicale parmi les plus originales des années 1960, une uvre où se mêlent d'une façon presque logique l'introspection folk et les débordements avant-gardistes du jazz moderne (voire du free jazz). Heureuse initiative, donc, que celle d'Elektra/Warner qui a réédité en un seul CD les deux premiers albums de ce frère spirituel à la fois de Dylan et de Coltrane.
Tim Buckley, enregistré en quelques jours seulement au cours de l'année 1967, vaut surtout pour la voix envoûtante de Buckley et pour des titres qui, à l'instar de "Valentine Melody", témoignent d'une démarche quelque peu décalée pour un songwriter alors classé folk. Quant à
Goodbye And Hello (également paru en 1967), c'est tout simplement l'un des albums les plus aboutis des années 1960, l'album qui, en plus de l'archicélèbre "Morning Glory", comprend des titres inspirés et poétiques (les textes de son ami Larry Beckett) tels que "Carnival Song", "Hallucinations" et "I Never Asked To Be Your Mountain".
--Philippe Margotin
Critique
« Un artiste folk de transition », le décrivait son manager Herb Cohen. En effet, dès son premier album, ce génie vocal, musical et poétique s’inscrit dans la bourgeonnante mouvance folk rock initiée par Tom Rush, Bob Dylan et les Byrds. Interprète de ses propres chansons Rock à l’adolescence, il est subjugué par un concert de Bob Dylan à l’Hollywood Bowl à Los Angeles. Une maquette enregistrée avec ses amis de lycée, Larry Beckett (batterie) et Jim Fielder (basse) décide Jac Holzman à le signer sur son label Elektra, lequel étoffe ainsi son arsenal de folk singers et songwriters dèjà très riche.
Pour ce gamin de dix neuf ans, ce premier disque est magistral, publié le 19 novembre 1966, soit deux jours après la naissance de son fils Jeff. On y découvre une voix incroyable de pureté et de nudité, incantatoire, forte d’un registre de quatre, voire cinq octaves. Il est co-produit par Paul Rothchild (futur producteur des Doors) et Jac Holzman, et fort d’une douzaine de morceaux tous enthousiasmants (et il en donnera d’encore meilleurs ensuite), dans un répertoire inclassable où se mêlent folk rock, jazz, rock et poésie dans un kaléidoscope baroque foisonnant.
Il y est accompagné par le guitariste qui le suivra longtemps, Lee Underwood, Fielder, Billy Mundi (batterie) et Van Dyke Parks aux claviers, Larry Beckett se concentrant sur une partie des textes. La douleur et la pureté des chansons (il connût une enfance terrible), les mélodies plaintives, le risque artistique surtout, sont une révélation. Tout à fait à l’image du personnage, timide et doux, petit, fragile et d’allure gauche. Une totale liberté de sa musique héritée de sa conception de la vie, libre et désabusée. Le milieu folk de Los Angeles ne trouvant qu’un public restreint en Californie, Tim Buckley part à Greenwich Village à New York (où Jackson Browne le rejoint) où il fréquente le « Dom » d’Andy Warhol, accompagne Nico avant son propre set ; lieu et entourage le laissant indifférent, il interpréte à dessein des chansons de Johnny Cash pour se faire détester, avant de retourner à Los Angeles au printemps 1967.
Incapable de toute compromission vis à vis de son art, fuyant même le succès, aboyant parfois après son public, suicidaire même, accro à l’héroïne, il meurt d’une overdose à 27 ans alors qu’il était sevré. « Qu’il y ait trois personnes ou mille dans la salle, il s’en moquait complètement » (David Anderle, son mentor chez Elektra).
Jean-Noël Ogouz - Copyright 2012 Music Story