L'½uvre de Tim Burton se prête merveilleusement à un travail critique et éditorial. D'abord, ses visions fantasmagoriques, ses trouvailles graphiques, ses travaux préparatoires sont du pain béni pour un éditeur, qui sait qu'il disposera d'un matériel photographique et d'illustrations de premier choix, et qui rendront l'ouvrage très attractif.
Ensuite, l'univers de Tim Burton est propice à générer interprétations, analyses et autres études esthétiques, qui permettront au critique de s'en donner à c½ur joie.
Et c'est là que le bât blesse.
Car, comme c'est souvent le cas, la partie analyse-critique de cet ouvrage n'a pas grand intérêt. Entre défonçage de portes ouvertes (« l'art poétique selon Burton : une préférence marquée pour l'imaginaire sur le réél » !), présupposé gratuit et fumeux (le conte, qui « hante l'univers de Tim Burton », est défini comme «une maladie infantile du récit » - ah bon ?), et affirmation irritante (Tim Burton, « un artiste qui regarde peut-être d'avantage vers la poésie que le cinéma »), on se retrouve une fois de plus en présence d'une glose et d'un discours esthétique fait d'interprétations et de références, qui ne relèvent finalement que de l'opinion, mais qui ne permettent de comprendre ni ce qu'est le processus d'élaboration d'un film, ni ce qui fait sa réussite et sa spécificité artistique.
Il faudrait pour cela avoir un peu de méthodologie et analyser un film avec des outils qui lui sont propres (qui sont rarement ceux appris à l'université), car, faut-il le répéter, il n'y a pas d'art sans technique. Si les critiques maîtrisaient un minimum les techniques de narration et de scénario, cela éviterait de lire une phrase comme « Burton travaille selon un principe d'élasticité narrative, construction tantôt arc-boutée comme un cercle vicieux, tantôt brisée en éclats, tantôt étirée jusqu'au malaise, tantôt concentrée jusqu'à l'implosion, portant la trace de la décomposition scénaristique ». C'est ampoulé, cela ne veut pas dire grand chose, et cela n'apprend strictement rien sur la façon dont Burton élabore ses scénarios.
Si les critiques maîtrisaient un minimum les techniques de mise en scène (et particulièrement le découpage), si pour eux la mise en scène n'était pas qu'un concept vague qu'ils définissent comme une esthétique globale ouverte à toutes les interprétations, cela éviterait de lire une énormité comme « Tim Burton est d'avantage qu'un cinéaste ou un metteur en scène (...) : il est un créateur dont l'univers se passe des règles et des formats établis ». Ah, parce qu'être cinéaste, ce n'est pas assez bien ? et ce n'est pas être un créateur ? Hitchcock et Truffaut doivent s'en retourner dans leurs tombes ! Et cette affirmation est totalement fausse. Tim Burton n'est pas un plasticien, comme semble parfois le sous-entendre l'auteur. Et heureusement. Non, Tim Burton est bien un cinéaste, et de la meilleure espèce : si ce qu'il nous raconte et nous donne à voir est original, il le fait d'une façon de la façon la plus classique qui soit, avec une grande maîtrise des techniques narratives et cinématographiques.
L'intérêt donc de ce livre réside donc dans ses belles et nombreuses illustrations (les dessins préparatoires de Burton notamment), et les informations et anecdotes que l'auteur nous donne sur les films et les tournages. J'inclus évidemment dedans les extraits d'interviews de Burton ou de ses collaborateurs. Décidément, les ouvrages sur un cinéaste devraient se limiter à cet aspect, informatif et historique. Car pour le reste, ce livre prouve une fois de plus que ce sont les cinéastes eux-mêmes qui expliquent le mieux leur travail et ce qu'est le cinéma - le Hitchcock-Truffaut restant la référence en la matière.